À 23 ans, Damien est l’un des visages emblématiques de la ferveur des tribunes lyonnaises. Membre actif du groupe Lyon1950. Pour lui, être ultra dépasse le simple soutien à une équipe, c’est vivre une expérience collective, partager une fraternité authentique et défier les idées reçues.
À quelques pas du Groupama Stadium, bastion de l’Olympique Lyonnais, le Ninkasi est bien plus qu’un bar. Ici, tout évoque la ferveur des tribunes. Drapeaux du club accrochés aux murs, rediffusions de matchs sur les écrans, et discussions passionnées autour des tables. Dans cette atmosphère où le football est roi, les ultras ne sont jamais loin. Parmi eux, Damien, 23 ans, fidèle du groupe Lyon1950 incarne cette communauté de supporters dévoués, dont la présence fait battre le cœur du club, bien au-delà du terrain.
De la passion à l’engagement
Originaire de Lyon, Damien a toujours baigné dans l’univers du football. C’est son père, ancien abonné de l’Olympique Lyonnais, qui lui a transmis l’amour du ballon rond. « depuis que je suis tout petit, j’avais besoin de me défouler. Le foot, c’était une évidence ». Très jeune, Damien est fasciné par l’ambiance électrique des tribunes. Les chants, les couleurs, et surtout la magie des virages. « l’ultra c’est le 12e homme, c’est celui qui crée cette passion dans la tribune ». Devenu rapidement un habitué, il se lance dans l’aventure dès qu’il en a l’âge. Une histoire qui débute avec les Bad Gones, principal groupe de supporters lyonnais. Cependant, c’est au sein de Lyon1950, au Virage Sud, qu’il trouve réellement sa place, un groupe qui donne beaucoup plus de chance à la jeunesse. « J’ai changé de groupe parce que je partageais les valeurs de Lyon1950 : fraternité, amour du club, et cette envie de vivre un passage de l’histoire ensemble. C’est une énorme famille ».
Derrière les stéréotypes : une autre réalité
Une famille, devant faire face aux préjugés et aux nombreuses critiques. Les médias et l’opinion publique les cataloguent souvent comme des fauteurs de troubles, des hooligans, une image qui ne correspond pas à la réalité qu’il vit. « on nous accuse de violence, mais c’est l’inverse de nos valeurs premières. On est là pour le club, pour notre passion, pas pour se battre ». Les médias, selon lui, jouent un rôle dans cette mauvaise réputation. « Beaucoup parlent sans jamais être venus dans un stade. Je les invite à venir, à essayer de comprendre ce que ça signifie vraiment d’être un ultra ».
Bien que les récents affrontements survenus début octobre aient mis en lumière des tensions au sein des ultras lyonnais, la majorité ne cherchent qu’à vivre leur passion en toute sécurité : « ça touche tout le monde, il y a pas mal de stades où les gens ont peur de s’y rendre, suite aux médias qui ne relayent que cette violence ». Damien se bat pour que le football reste un sport populaire, espérant que cette passion pour le football reste un trait d’union, accessible à tous, loin des divisions et des clichés. « Il n’y a pas de couleurs, pas de religion. Si tu veux venir, tu viens. On t’accueille à bras ouverts. »
« Tu as tout le monde qui est prêt à crever pour le groupe. »
Mais cette passion semble aller au-delà du simple amour du football, elle est synonyme d’une fraternité profonde, comparable à celle que l’on retrouve dans d’autres milieux.« il y a beaucoup de personnes qui parlent de la fraternité à l’armée, on a beaucoup de mecs qui y sont, ils expliquent que c’est exactement la même chose là. » Ce travail, bénévole, Damien le fait par passion, être ultra ne se limite pas aux chants et aux drapeaux agités en tribune. Il puise dans son propre salaire pour financer des animations, les matériels ou encore les trajets en déplacement. Son engagement se traduit par des actes concrets, par des contributions répétées. « À la fin de la saison, j’aurai donné 300 heures, tout ça sans rien demander en retour. Ce qui nous reste de notre salaire à la fin du mois, on le réinjecte dans le groupe, pour le faire vivre ».
Du côté sportif, malgré les difficultés que traverse l’Olympique Lyonnais ces dernières années, Damien reste fidèle à son club. « Un ultra même si on est dernier de ligue 2 il sera toujours là, alors que le supporter faut plus compter sur lui ». Et cette passion, Damien espère la transmettre un jour à ses enfants et petits-enfants. « Dans 40 ans j’irais au stade avec mes enfants et petits enfants, ça sera une fierté si mon groupe de supporter est là avec des valeurs qui n’ont pas changé et qui ont perduré dans le temps après mon passage ». Être ultra n’est pas qu’un choix, c’est une promesse de fidélité et de transmission, une façon de faire vibrer le cœur de Lyon aujourd’hui, demain, et pour les générations à venir.
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