Adepte de clips musicaux centrés sur les émotions humaines, Romain Argento, réalisateur de 23 ans, s’inquiète quant à l’avenir de son art face à l’avènement des réseaux sociaux.
Quand Romain Argento, réalisateur de 23 ans, se remémore ses débuts derrière une caméra, il est difficile de distinguer l’humilité de l’insouciance. « Ma première fiction ? C’est un court-métrage de 15 minutes réalisé en troisième année d’école de cinéma. Ça parlait des limites franchies par un jeune adolescent pour se sentir inclus dans un groupe, quitte à travestir ses valeurs » confie t-il. « Il a été diffusé dans une première partie au festival de Cannes en 2021, mais ce film n’est pas trop une référence pour moi ». En quelques mots, l’expérience hors du commun se métamorphose en une anecdote presque anodine. Assis sur une chaise de bureau dans son studio parisien, vêtu d’un sweat à capuche orange et d’un jean, Romain semble effectivement loin du tapis rouge et des costumes trois pièces de la croisette. Cette simplicité, c’est celle d’un passionné d’art originaire de Metz, plus précisément de Vaux, en Moselle, « un truc assez paumé » assure-t-il avec humour. L’ancien étudiant de l’École Supérieure de Réalisation Audiovisuelle Niçoise (ESRA) a fait de ses deux passions, le cinéma et la musique, un terrain de jeu et d’expression.
La crainte d’une métamorphose
Depuis son arrivée à Paris en 2022, le réalisateur de clips musicaux collabore avec des artistes de renom issus de genres divers et variés. Parmi eux, B.B.Jacques, Bilal Hassani, Soprano ou encore Aupinard. Un travail commun dans lequel Romain souligne l’importance d’effacer son égo pour laisser place à la spontanéité. « J’adore entrer dans leurs démarches artistiques. Je veux comprendre ce qu’ils veulent faire transparaître dans leurs clips et être en communion avec leurs idées ». Pourtant, après plusieurs dizaines de minutes, le réalisateur change petit à petit de discours.
« Le clip n’a plus de sens aujourd’hui, et être réalisateur en a encore moins ».
L’enthousiasme s’essouffle et laisse place à un constat clair, presque fataliste. « Les clips perdent de leur valeur aujourd’hui. Je crois même que le métier de réalisateur ne vaut plus rien ». S’il y a encore quelques années, les courts-métrages semblaient être le seul moyen d’observer ses idoles, les temps ont changé avec l’apparition des réseaux sociaux. Le soin apporté à l’image et à la direction artistique semble démodé. Romain confie que « les stories ont remplacé les plans-séquences, le nombre de vues prévaut sur la qualité artistique et le soin apporté à la photographie, tandis que les coûts financiers impliqués dans les tournages n’ont plus lieu d’être si l’on veut étendre efficacement sa popularité ». La voix tremblante, le Valois laisse échapper quelques signes d’agacement en évoquant sa crainte pour l’avenir de son métier. « Le clip n’a plus de sens aujourd’hui, et être réalisateur en a encore moins. Les labels misent davantage sur les capsules vidéo de très mauvaise qualité mais peu coûteuses. Et puis leur impact sur le public est démultiplié par rapport à notre travail de fond ». Pourtant, lui fait partie des derniers résistants.
L’émotion reste la signature
« Garder mon identité ». C’est précisément à ce leitmotiv que Romain Argento s’accroche. Il ne veut pas se conformer au renouveau de son art, où l’émotion n’a plus sa place. Lors de la réalisation d’un clip, ou seul face à son écran lors du montage qu’il réalise lui-même, le Mosellan met un point d’honneur à mettre l’humain (dans son sens le plus large) au centre de l’image. En témoigne son clip Honeymoon, réalisé pour le rappeur B.B. Jacques, le jeune cinéphile veut sublimer les émotions et les faire ressentir à ses spectateurs. « Je me suis rendu compte qu’au-delà du cinéma, la musique m’aide aussi à arracher des larmes et des frissons au public ». Car la sensibilité, c’est un peu devenu une signature chez cet adepte des films de Darren Aronofsky. « J’ai pleuré plusieurs fois devant la performance de Brendan Fraser dans The Whale. Ça a été une claque. Vous voyez les émotions qu’il transmet dans ce film ? C’est exactement ce que je veux faire moi aussi ». Une confidence qui en dit long, tant sur ses intentions artistiques que sur sa vision du métier de réalisateur. Mais la crainte laisse rapidement place à l’espoir. Le sourire réapparaît sur son visage lorsqu’il évoque ses projets, comme celui de réaliser un long-métrage qu’il décrit comme « révolutionnaire ». Acte de résistance ou simple conviction, Romain Argento confie avec fierté qu’il continuera d’utiliser l’art pour lutter face aux « séquences vidéo aseptisées que l’on retrouve trop souvent sur les réseaux sociaux ».
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