La couverture médiatique des quartiers populaires est souvent matière à débats. Des médias alternatifs comme le Bondy Blog et Booska P s’imposent comme des voix incontournables depuis près de vingt ans. Donnant la parole aux habitants et en abordant des sujets de société avec une approche de proximité.
Le Bondy Blog voit le jour en 2005, dans un contexte où la couverture médiatique des quartiers populaires est souvent biaisée ou caricaturale. Son objectif principal est de proposer un contre-récit aux représentations dominantes en donnant la parole aux habitants eux-mêmes. Tous les mardis, une conférence de rédaction ouverte à tous est organisée. Tout le monde, même des non-journalistes, sont invités à participer. “Comme on dit au Bondy Blog, si on voit de la lumière, on peut rentrer”, témoigne Anissa Rami, journaliste indépendante, spécialisée dans les questions de société, la culture et le rap passée par le Bondy Blog et aujourd’hui chez Booska P. “Au-delà des articles, le Bondy Blog propose une partie d’éducation aux médias qui est très importante. Ça nous permet d’être au plus proche des jeunes de quartiers populaires”.
Un engagement partagé
Booska P à pris récemment le même virage. L’arrivée de Jalal Kahlioui en février 2023, anciennement rédacteur en chef du Bondy Blog a entraîné le changement de la ligne éditoriale du média, comme nous explique Anissa Rami : “Aujourd’hui Booska P se veut quelque chose de plus sociétal, moins de people, insufflé par cette nouvelle ligne édito”. Le média s’est imposé comme incontournable pour les jeunes des quartiers populaires en s’appuyant sur la culture urbaine, notamment le rap, pour toucher son audience. En utilisant massivement les réseaux sociaux, il propose un contenu qui parle directement à son public, avec des formats courts, dynamiques et adaptés aux plateformes comme Instagram, YouTube ou TikTok. Une approche journalistique s’étend désormais aussi à des sujets de société qui concernent les habitants des quartiers populaires, comme les violences policières, les inégalités ou encore les révoltes urbaines.
Contrairement à la presse traditionnelle, ces médias ne se positionnent pas comme des observateurs extérieurs, mais comme des acteurs du milieu qu’ils couvrent, ce qui renforce leurs liens avec son audience et propose une vision plus fidèle de la réalité des quartiers, un aspect qui manque aux autres médias plus généralistes selon la journaliste de Booska P : « les journalistes ne sont pas neutres, parlent à travers leurs conditions sociales, donc leurs traitements des quartiers populaires sont biaisés ».
En créant un lien de confiance avec leur audience, ces médias ont vocation à raconter autrement que par le prisme des faits divers et des clichés. Une démarche qui contraste avec les médias traditionnels, souvent perçus comme extérieurs à ces réalités et moins enclins à explorer la complexité de ces sujets.
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