Crédit : Ruca Souza

De la chute à la recomposition : trajectoires de l’intermittence du spectacle depuis la pandémie de Covid-19

Titouan Aniesa et Isadora cavalcanti

De la fermeture des salles en 2020 aux records d’emploi observés en 2023. Quel est la place des métiers d’intermittents post covid ? L’étude de ces évolutions, en France et en Auvergne-Rhône-Alpes, permet de mieux comprendre les dynamiques actuelles du secteur.

*Pour commencer notre article, nous avons voulu contextualiser la place des métiers d’intermittent pendant le covid pour comprendre l’élément déclencheur de l’augmentation des métiers d’intermittents en France post Covid (2021-2025).

La pandémie de Covid-19 a profondément bouleversé le secteur culturel français et, en particulier, le métier d’intermittent du spectacle en France. En 2020, l’arrêt brutal des activités artistiques, la fermeture des salles de spectacle et l’annulation de tournées et de manifestations ont provoqué un désordre historique dans les métiers des arts et du spectacle. Une baisse significative du nombre de salariés intermittents du spectacle a également été constatée. Cette « chute » marquante a servi de point de départ à une suite d’évolutions contrastées depuis, entre reprise, explosion des effectifs et nouvelles dynamiques en France et particulièrement dans la région Auvergne Rhônes Alpes. 

L’année 2020 a été marquée par une baisse drastique de l’emploi dans le spectacle vivant, ainsi que dans l’audiovisuel. Sur l’ensemble du secteur du spectacle vivant (privé et subventionné), le nombre total de salariés déclarés est passé de 216 499 en 2019 à 173 858 en 2020, suite aux confinements et aux interdictions de rassemblements. Selon les chiffres de l’INSEE, on est passé de 275 00 intermittents en 2019 à 220 000 en 2020.

Pour limiter les conséquences sociales de cette crise, l’État a mis en place une « année blanche » d’indemnisation pour les intermittents du spectacle, permettant à de nombreux professionnels de maintenir leurs droits au régime d’assurance chômage malgré l’effondrement de l’activité. Cette mesure exceptionnelle a joué un rôle stabilisateur en 2021, évitant une perte de droits pour des milliers de salariés souvent précaires.

Reprise et explosion de l’emploi intermittent à partir de 2022

Après un premier rebond en 2021 (passant de 220000 à 280000), l’année 2022 a marqué un véritable tournant dans la reprise de l’emploi intermittent du spectacle, avec une augmentation significative des effectifs. Selon les statistiques officielles de France travail, 304 147 salariés ont travaillé au moins une heure dans le cadre des annexes 8 et 10 du régime intermittent, soit une hausse de 6,5 % par rapport à 2021 et un niveau supérieur à celui d’avant crise.

Cette progression s’explique par plusieurs facteurs complémentaires. Avec l’allègement des restrictions sanitaires, la vie culturelle a repris de manière dynamique : concerts, pièces de théâtre, festivals et tournages ont pu se tenir à nouveau, répondant à une demande sociale forte de contact humain et d’expériences collectives après deux années de contraintes. Cette reprise du contact social s’est traduite par une augmentation non seulement du nombre de contrats signés mais aussi du volume d’heures travaillées et de la masse salariale générée par l’emploi intermittent en France, qui s’est établie à près de 2,9 milliards d’euros en 2022. 

De plus, le secteur du spectacle vivant a concentré plus de la moitié des contrats réalisés cette année-là (53,1%), illustrant le rôle central de ces activités dans la dynamique de l’emploi intermittent, tandis que l’audiovisuel, bien que porteur de croissance, a joué un rôle légèrement moins important en termes de volume d’embauches (31,8%).

Record d’emploi en 2023

L’année 2023 a confirmé la reprise entamée en 2022, marquant un nouveau record du nombre d’intermittents du spectacle en France. Selon France Travail, 312 000 salariés ont travaillé au moins une heure pour un employeur relevant du régime d’intermittence, ce qui représente le niveau le plus élevé observé depuis 2010…

Cette progression continue s’accompagne d’une masse salariale stable à environ 3,0 milliards d’euros et d’une activité soutenue dans le spectacle vivant (avec plus de 160000 intermittents, cf graphique) et l’audiovisuel, secteurs toujours aussi clés de la création artistique en France. Plus encore, le nombre d’employeurs salariés intermittents a augmenté de près de 5 % en France indiquant que non seulement les artistes et techniciens ont retrouvé des opportunités de travail, mais que les structures culturelles – compagnies, festivals, productions audiovisuelles – ont aussi élargi leurs besoins en main d’œuvre. 

 En 2024, après cette période de forte croissance, les données disponibles montrent une baisse modérée du nombre de salariés intermittents du spectacle à l’échelle nationale, avec environ 305 000 personnes enregistrées, soit une diminution de 2,3 % par rapport à 2023. Cette inversion de tendance s’inscrit dans un contexte de restrictions budgétaires pour la culture, où plusieurs structures culturelles ont dû réduire leurs investissements et contraintes financières malgré une fréquentation globale encore significative. Ces pressions économiques peuvent freiner les embauches et limiter la capacité des employeurs à proposer des contrats, surtout dans un secteur déjà difficile. 

Cependant, si l’on prend ce qui nous intéresse, à l’échelle régionale, en Auvergne-Rhône-Alpes, la dynamique de l’emploi intermittent montre qu’elle continue d’accompagner la tendance nationale avec une progression des effectifs entre 2021 et 2024. Cette région représente un bassin culturel important, avec un tissu varié de festivals, de compagnies et de lieux de spectacle (9% des intermittents en France se trouvent dans la région). Bien que moins centralisée que l’Île-de-France (37,1% d’intermittents), cette région occupe une place significative dans la répartition territoriale des intermittents (au troisième rang derrière l’Occitanie).

Contrats courts : un reflet de la structure du secteur

Bien que l’emploi global ait augmenté après la crise, une caractéristique persistante de ce secteur persiste notamment dans les secteurs des arts, du spectacle, et des activités récréatives. Celle des contrats très courts qu’on peut observer grâce aux données de l’URSAF. Cette structure est liée à la nature même des activités artistiques, souvent organisées autour de projets spécifiques comme les spectacles, tournages, concerts qui nécessitent des embauches ponctuelles plutôt que des engagements longs.

Pour l’année 2025, les chiffres définitifs ne sont pas encore publiés au niveau national. Les premières données du régime, notamment celles de l’URSSAF pour les deux premiers trimestres, indiquent une certaine stabilité des effectifs dans les métiers des arts et du spectacle, avec des niveaux qui se situent autour des valeurs observées depuis 2024. Toutefois, la dynamique générale reste incertaine, surtout face aux contraintes budgétaires persistantes dans le secteur culturel.

À l’échelle régionale, notamment en Auvergne-Rhône-Alpes, les effectifs d’intermittents ont suivi une tendance similaire à celle observée au niveau national, passant d’environ 24 000 en 2021 à près de 27 000 en 2024, et poursuivant une trajectoire plutôt bonne.

Plus d’employeurs dans la région 

Dans notre analyse de l’emploi intermittent du spectacle, en France et dans la région, il ne suffit pas d’examiner uniquement le nombre de salariés mais également les employeurs qui recrutent ces intermittents et qui jouent un rôle central dans la dynamique du secteur.

Selon les données consolidées par France Travail, en 2023, le régime intermittent a concerné environ 115 000 employeurs ayant recruté au moins un salarié en France, ce qui représente une augmentation de près de 5 % par rapport à l’année précédente. 

Ces employeurs ont contribué à l’activité globale du secteur en termes de contrats, de masse salariale et d’heures travaillées, particulièrement ceux des secteurs professionnels comme le spectacle vivant et l’audiovisuel. 

Dans ce contexte national, la région Auvergne-Rhône-Alpes apparaît comme un territoire significatif. D’après une analyse régionale réalisée en 2021 par les observatoires du spectacle vivant, environ 12 % des employeurs actifs dans le spectacle vivant étaient implantés en Auvergne-Rhône-Alpes, ce qui plaçait la région en deuxième place des zones françaises les mieux dotées en employeurs du secteur, derrière l’Île-de-France.

À l’image des évolutions observées à l’échelle nationale, la région Auvergne-Rhône-Alpes illustre donc pleinement les dynamiques de l’intermittence du spectacle depuis la crise sanitaire. Territoire culturel majeur, elle a accompagné la reprise post-Covid. 

De plus, comme nous pouvons le voir depuis 2024 la région ne reflète pas totalement la dynamique nationale actuelle. Cette dernière apparaît plutôt comme un territoire stable, au vu du contexte plus incertain sur la scène nationale depuis deux ans. En attendant donc les chiffres de 2025…

Titouan Aniesa et Isadora cavalcanti

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.