Un groupe de touriste visite le Vieux-Lyon le 02 novembre 2025. Photo prise par Alexie FELICITE

Vieux-Lyon : « Avant, on se battait pour faire connaître le quartier. Aujourd’hui, il faut se battre pour respirer!»

Entre les ruelles pavées et les terrasses bondées, le Vieux-Lyon cache une autre histoire : celle des habitants qui veillent à préserver l’âme d’un quartier classé, mais fragilisé par le tourisme et le départ des habitants.

Les marches de l’escalator mènent à la cathédrale Saint-Jean, puis à la rue du même nom, devenue une marée humaine. Dans cette artère lyonnaise saturée de touristes, les enseignes de gaufres et de souvenirs se succèdent. Pourtant, à quelques pas, derrière une porte discrète coincée entre deux boutiques, le calme renaît.

Ici, dans les locaux de l’association Renaissance du Vieux-Lyon, la présidente nous accueille. Dans la voix d’Annie, 81 ans, on entend la résonance des décennies passées à défendre son quartier, entre fierté patrimoniale et lutte quotidienne contre la gentrification.

 « On voulait sauver, pas raser »

« Quand je suis arrivée, le Vieux-Lyon, c’était un quartier un peu pourri », sourit Annie. Cette habitante se souvient de l’époque où les façades menaçaient de s’effondrer. Ce n’est qu’en 1962, avec la loi Malraux, que le quartier est classé « secteur sauvegardé ». Le but est de lutter contre la bétonisation et la démolition grandissante. Un projet subventionné par l’Etat dans les années 70. L’association joue un rôle de veille, attentive à ne pas sacrifier les habitants modestes : « On ne voulait pas que le quartier devienne un musée pour riches. On voulait sauver, pas raser. »

Un quartier à habiter, pas à contempler

La consécration arrive en 1998, quand le site historique de Lyon entre au patrimoine mondial de l’UNESCO à la demande de l’association. Une reconnaissance internationale, mais sans protection nouvelle pour le quartier. 

« Avant, on se battait pour faire connaître le Vieux-Lyon. Aujourd’hui, il faut se battre pour respirer ! »

En 2024, ce sont des millions de touristes qui viennent visiter le Vieux-Lyon selon les chiffres de ONLYlyon, l’agence touristique de la ville. « Avant, on se battait pour faire connaître le Vieux-Lyon. Aujourd’hui, il faut se battre pour respirer ! », indique Annie. Conséquences ? Les loyers s’envolent, les Airbnb prolifèrent. Selon Lyon Capital, la ville comptait entre 7 500 et 10 000 logements mis en location sur la plateforme Airbnb. Pour Sophia Popoff, adjointe au logement à la Ville de Lyon, « c’est majoritairement l’hypercentre qui est concerné, avec des pics dans le Vieux-Lyon, la Presqu’île et les pentes de la Croix-Rousse. »

Un surtourisme qui cause la disparition des commerces de proximité. L’association relate une augmentation des hôtels et restaurants passant de 38% en 2013 à 41 % en 2023 sur les offres commerciales relatives au tourisme. « Quand je suis arrivée, il y avait un poissonnier, un boucher, un charcutier. Aujourd’hui, il ne reste presque que des restos. On ne peut pas se plaindre d’être connus, mais on paie le prix du succès », témoigne l’octogénaire.

Malgré ces chiffres, la présidente de l’association Renaissance du Vieux-Lyon s’émeut encore de voir les enfants découvrir les traboules lors des visites scolaires organisées par l’association : « Le patrimoine, ce n’est pas que les vieilles pierres. C’est une histoire vivante, celle des gens qui y vivent. »

De la fierté à la saturation

Mais les habitants du 5eme arrondissement ont de plus en plus de mal à vivre ce quotidien. Marie, 46 ans, habitante de la rue Saint-Jean, décrit un quartier « devenu une carte postale ».

Résidente depuis douze ans, elle énumère les conséquences de la saturation : les groupes de visiteurs à toute heure, les Airbnb dans son immeuble, le bruit des terrasses qui dure jusque tard dans la nuit. « On parle souvent de valoriser le patrimoine, mais au fond, on le consomme. On ne peut pas être fiers d’un quartier classé à l’UNESCO s’il ne reste plus personne pour y habiter. »

Ce témoignage illustre une même lassitude : la cohabitation difficile entre les habitants permanents et l’activité touristique entraînant une perte des habitants de 1,65% en un an (2023), d’après Actu Lyon

« On parle souvent de valoriser le patrimoine, mais au fond, on le consomme. On ne peut pas être fiers d’un quartier classé à l’UNESCO s’il ne reste plus personne pour y habiter. »

Au-delà du surtourisme, le Vieux-Lyon se confronte à des problématiques plus sociales. Des groupes identitaires y ont pris pied, se réclamant les gardiens d’un patrimoine qu’ils disent vouloir protéger. Une appropriation qui inquiète les habitants, attachés à défendre un quartier ouvert, vivant et pluraliste.

Alexie FELICITE

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.