Arrivée en France en 2023, Chandra Bindika Ndebokolo a connu la rue et les nuits glacées, avant de trouver refuge auprès du monde associatif. Depuis qu’elle a rencontré le collectif « Solidarité entre femmes à la rue », elle s’est relevée et a fait preuve de courage pour devenir la voix des femmes sans-abris de Lyon.
Chandra m’a donné rendez-vous chez elle, au bout d’une impasse lyonnaise délaissée du 7e arrondissement. Au premier étage, la femme de 47 ans m’attends sur le palier d’un petit appartement, sans gazinière ni lavabo. Arrivée en France en 2023, Chandra Bindika Ndebokolo a fui la République du Congo pour sa sécurité. Mais rapidement, elle déchante, enchaîne les hébergements de fortune et les nuits dehors. Alors, pour obtenir un logement, elle a dû se battre aux côtés du collectif « Solidarité entre femmes à la rue ».
Assise à une table, Chandra raconte son histoire. Depuis quelques mois, sa vie a changé : elle a obtenu un titre de séjour de 10 ans et un logement pour 2 ans, grâce au collectif et à son engagement. Elle rêve désormais de travailler auprès d’associations, et de partir vivre à Paris.
« Je ne peux pas rester à Lyon, j’ai tellement de mauvais souvenirs ici, mais un jour je reviendrai pour effacer tout ça »
À ses côtés, une amie prépare des beignets pour la soirée d’une autre association d’aide aux personnes en exil « Terre d’ancrage ». Tout en la surveillant, Chandra poursuit son récit. Le 18 octobre 2023, elle atterrit à Lyon. Une date dont elle se souviendra toute sa vie. Hébergée dans un premier temps chez une amie, elle se retrouve à la rue une nuit de janvier. Mais ce soir-là, la chance lui sourit. Elle fait la rencontre fortuite de Marie qui l’accueille et lui conseille de rencontrer une assistante sociale avant de faire son premier pas vers le monde associatif.
« Solidarité entre femmes à la rue », une rencontre qui change la vie
Pourtant, la suite est particulièrement dure pour la quadragénaire. Elle est hébergée pendant trois semaines chez les Sœurs de la Charité, où les conditions sont extrêmement strictes. Tous les soirs, elle doit rentrer avant 17h, donner son téléphone à 19h et éteindre la lumière à 21h. La nuit, Chandra reste éveillée sans aucun moyen de contacter ses proches. Le jour, elle se réfugie dans les transports en commun pour se réchauffer. Petit à petit, la dépression s’installe et des pensées sombres traversent son esprit.
« Quand je suis arrivée à la station Part-Dieu et que j’ai vu le métro s’approcher, j’ai eu envie d’en finir. Je n’avais plus la force de vivre »
Lors de son passage chez les Sœurs, elle fait la rencontre de Clara qui lui parle du collectif « Solidarité entre femmes à la rue ». Tous les mardis, ces femmes se retrouvent pour organiser des occupations de gymnases ou de bâtiments abandonnés. L’objectif derrière ces actions est d’offrir quelques jours de répit à toutes ces personnes qui dorment dehors, mais aussi de mettre en lumière leur situation. « À chaque fois, la police est intervenue en force pour nous dégager. Voir des femmes enceintes et des enfants jetés à la rue, sans que la préfecture ne leur offre de solution, c’est affreux ».
Convaincue du besoin de rencontrer de nouvelles personnes pour sortir de sa solitude, la congolaise prend le risque de se rendre à une assemblée du collectif, malgré l’heure tardive de la réunion. Celle-ci l’empêche d’être de retour à temps chez les Sœurs de la Charité. Quelques jours plus tard, elle est exclue et se retrouve de nouveau à la rue.
« Il fallait qu’une femme prenne la parole, et j’ai accepté sans réfléchir. »
Très vite, Chandra s’investit au sein du collectif « Solidarité entre femmes à la rue ». Elle est remotivée par les rencontres et l’engagement qu’elle porte auprès des associations. Volontaire, elle accepte toutes les missions qu’on lui donne. Lors d’une réunion, le collectif recherche une femme pour prendre la parole lors d’une table ronde. Sans hésiter, Chandra accepte. « Il fallait qu’une femme du collectif prenne la parole, et j’ai accepté sans réfléchir. »
« Sur place, j’étais tétanisée par le monde présent, j’avais peur de ne pas m’exprimer correctement. J’ai parlé de mon parcours, du collectif, et à la fin, j’ai vu des gens émus aux larmes. Ce soir-là, j’ai compris que mon courage pouvait me sauver, moi, mais aussi toutes les autres femmes du collectif ».
Par la suite, la quadragénaire prend son rôle de porte-parole à cœur. Elle apparaît dans les médias et prononce un discours au milieu de la place Bellecour à Lyon, le 8 mars, pour la journée internationale des droits des femmes. « J’aime le français, j’aime la langue de Molière » ironise-t-elle.
Avec ses amies du collectif et à l’aide de l’association « Tillandsia », elle s’est lancée dans la réalisation d’une film-documentaire retraçant leurs différentes aventures. « On veut que tous les français voient ce que nous vivons, même le président Macron ». Pour Chandra, c’est une nouvelle occasion d’être sur le devant de la scène, elle qui rêve de devenir « une grande femme en France ».
Julien Schott
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