Gilets de sauvetages et canots pneumatiques échoués aux bords d'une plage.

Gilets de sauvetages et canots pneumatiques échoués aux bords d'une plage.

À Lampedusa, de la crise aux cris des associations

 Depuis début septembre 2023, plus de 11 000 migrants en provenance des pays africains ont débarqué sur l’île italienne de Lampedusa. Le nombre de migrants a alors dépassé le nombre d’habitants créant une situation migratoire très urgente. Sur place, ce sont majoritairement les associations dont la Cimade qui ont pris en charge l’accueil des migrants. Lydie Arbogast est responsable des questions européennes au sein de cette association. 

Crise de l’accueil migratoire

Face à la crise de l’accueil migratoire de Lampedusa, une seule réponse concrète, celle des associations. Depuis mi-septembre, la petite île à la superficie de 20 kilomètres carré, a enregistré un record d’arrivées. Plusieurs milliers de personnes ont débarqué par centaines de bateaux. « On ne parle pas de vague migratoire, mais plutôt de crise de l’accueil migratoire » rappelle Lydie Arbogast travaillant pour La Cimade, une association française de solidarité spécialiste des questions migratoires et de l’accueil des réfugiés. 

Sur terre, le nombre de migrants a dépassé le nombre d’habitants de l’île, créant une situation humanitaire très urgente. Des centaines de personnes sont restées bloquées sur la jetée, sans eau ni nourriture, avant d’être transférées vers le hotspot de Lampedusa, des centres d’accueil qui sont plutôt des « centres d’enfermements » pour Lydie. La capacité du centre est de 389 places et se retrouve constamment saturée. « Ces personnes se retrouvent entassées dans des conditions hygiéniques déplorables et cherchent à s’échapper » explique Lydie.

230 000 migrants sont arrivés en Europe depuis le début de l’année 2023

« Même si beaucoup parlent d’une augmentation considérable du nombre de migrants arrivés depuis septembre, c’est en réalité une tendance de plus long terme »

Lydie Arbogast, responsable des questions migratoires à la Cimade

Que ce soit en Libye ou en Tunisie, la situation s’est nettement aggravée depuis le début de l’année. « On recense une explosion d’attaques racistes en Tunisie envers de très nombreux exilés, les conduisant à fuir ce pays. Tandis qu’en Lybie les crimes contre l’humanité dénoncé par l’ONU le 3 avril dernier, conjugués à d’autres phénomènes comme les inondations, les ont également poussés à fuir le pays » résume la porte-parole de La Cimade. 

Aujourd’hui, Frontex, l’agence européenne de garde-frontière et de garde-côtes estime à 230 000 le nombre d’entrées irrégulières dans l’Union européenne depuis le début de l’année. « À l’échelle européenne cela représente moins d’un pourcent de la population » rappelle Lydie. Pourtant, c’est la petite île de Lampedusa qui se retrouve à gérer près de la moitié des arrivées. Elle reprend également les propos des chercheuses Camille Schmoll et Marie Bassi issus d’une tribune dans Libération le 18 septembre sur l’effet Lampedusa : « Ces îles-frontières, comme Mayotte ou Lampedusa, concentrent à elles seules, parce qu’elles sont exiguës, toutes les caractéristiques d’une gestion inhumaine inefficace des migrations ».

La situation est dramatique sur l’île de Lampedusa dont les capacités d’accueil sont largement dépassées. La réponse à cette crise se doit donc d’être européenne dans le respect de la dignité humaine. « Ce qui doit passer par une gestion commune de l’ensemble des 27 pays de l’Union » explique Lydie. 

« Deux poids, deux mesures, dans la politique migratoire européenne »

Le 17 septembre dernier, Ursula Von der Leyen, Présidente de la Commission européenne, a annoncé son plan d’action en 10 points. Pour l’association, il ne propose rien de nouveau et s’inscrit dans la continuité de l’approche répressive et sécuritaire de l’Union européenne. « On demande seulement le respect du droit international, en particulier l’obligation de porter secours aux passagers et aux passagères de bateau » s’indigne Lydie. Presque aucune des 10 mesures portent sur un accueil digne ni même des nouveaux moyens pour secourir en mer rapporte la porte-parole de la Cimade. « C’est très inquiétant que la réponse européenne soit seulement sécuritaire ».

« Je veux qu’on en finisse avec les comparaisons et les jeux de mots, il n’y a pas de vagues ou de submersion lorsque l’on parle de migration »

Lydie Arbogast, responsable des questions migratoires à la Cimade

Elle renchérit sur la difficulté d’accéder aux différents territoires européens. « En fermant l’accès, les États contraignent de nombreuses personnes exilées à emprunter des voies de passage risquées, dont la voie maritime en Méditerranée, la route migratoire la plus meurtrière au monde ». Près de 2 100 migrants sont morts depuis le début de l’année en empruntant cette route selon l’OIM. Parmi les morts, 82 % d’entre elles sont dues à des noyades.

Elle finit par aborder la question de l’immigration et de l’accueil des Ukrainiens. « Il y a deux poids, deux mesures, dans la politique migratoire européenne, ceux qu’on veut bien accueillir face à ceux dont l’on ne voudra jamais ». Depuis février 2022, plus de 4 millions de personnes ont été accueillies et ont bénéficié d’une protection temporaire. Elle questionne à demi-mot : « Si des moyens ont été mis en place pour les Ukrainiens, pourquoi ne fait-on rien pour les migrants de Lampedusa ».

Mélodie Le Cam

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.