une rivière hors de son lit

Ecologie, un désengagement de l’Etat à tous les niveaux

Avec l’instabilité politique actuelle, les responsables français ont relégué les enjeux environnementaux au second plan. L’État semble en retrait et les citoyens se tournent vers les collectivités locales, jugées davantage capables d’agir concrètement. Pourtant, cette confiance pourrait être illusoire. À Barjouville, en Eure-et-Loir, l’action locale n’échappe pas aux compromis économiques et électoraux.

Négligence environnementale pour raisons électorales 

Le débat autour du Projet d’aménagement et de développement durable (PADD) à Barjouville, en Eure-et-Loir, est un exemple concret de ces écarts entre ambitions nationales et priorités locales à vu le jour. Lors d’un chantier pour construire une nouvelle pharmacie, une voie d’accès temporaire avait été mise en place dans le lit majeur de la rivière, la cote maximale où peut s’écouler le cours d’eau en période de très hautes eaux, notamment lors de grandes crues.


Alors que les objectifs nationaux insistent sur la préservation stricte des zones sensibles, comme les lits majeurs des rivières, l’administration locale de Barjouville semble avoir fait des choix dictés par des considérations économiques, au vu des élections législatives de 2027. Yvan Berthe dénonce ce calcul politique à court terme: «Le maire préfère ne pas froisser ses administrés en vue de la prochaine élection plutôt que de sécuriser la zone en cas de crue » .

«Cette rivière aurait dû être épargnée» 

L’ingénieur hydraulicien et conseiller de la majorité, inquiet, a critiqué l’absence de mesures concrètes pour sanctuariser le lit majeur de la rivière. «Laisser la collectivité ne pas faire cet effort de déconstruction leur permet de faire des économies, mais aussi leur ouvre la porte à d’autres constructions dans une zone qui doit pourtant être épargnée». Même si le maire, Benoît Delatouche, a affirmé que cette mesure n’était pas motivée par des économies budgétaires, cette démarche illustre un compromis visant à répondre aux attentes immédiates des administrés au détriment des normes nationales.

Un manque d’ambition des élus face aux défis environnementaux

Prioriser le local, une fausse bonne idée ? Les Français, selon un sondage  Elabe, ont une nette préférence pour les actions locales, estimant à 81 % que les collectivités locales possèdent une réelle capacité d’action pour lutter contre le réchauffement climatique parce qu’elle impacte directement le quotidien des citoyens et semble avoir un potentiel de transformation plus élevé. 

Mathilde Szuba, maîtresse de conférences en science politique à Sciences Po Lille, analyse ce phénomène : « Cette idée résonne avec une perception courante chez les militants, qui consiste à dire que le niveau national est décevant, et que par conséquent, c’est vers l’action publique locale qu’il faut se tourner pour espérer quelque chose».

Cette idée préconçue s’explique par le fait que les initiatives environnementales locales sont  bien plus visibles pour les administrés que celles à l’échelle du pays. Une bonne partie des décisions des collectivités ne sont pas nécessairement plus ambitieuses,  «il y a des communes où on fait le strict minimum pour l’écologie, voire même des horreurs» .

Pour la chercheuse, les différences notables entre les niveaux le national et le local sont théoriquement inexistantes. Dans les deux cas, des contraintes réglementaires, souvent similaires, existent. Les divergences seraient plutôt la conséquence du degré d’ambition des responsables politiques. « Ce n’est pas le niveau dans l’échelle administrative qui est déterminant, mais le degré d’ambition de l’exécutif qui est aux commandes. » 

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.