Définir où commence et où s’arrête l’information pour respecter les faits et les personnes, sans basculer dans le voyeurisme. Tel est le défi déontologique auquel se confronte la couverture médiatique des faits divers, à l’heure où l’infobésité est alimentée par l’information en continu et la viralité des images.
L’information se joue dans l’urgence, sous la pression de l’audience et de l’émotion. L’attrait pour le macabre, l’horreur n’est pas nouveau. « On a tous un instinct qui nous amène à regarder la mort et ce qui est horrible », confie Pierre Ganz, secrétaire du Conseil de Déontologie Journalistique et de Médiation (CDJM). Cette pulsion se retrouve aussi bien chez les journalistes que dans le public. Historiquement, certains médias ont flirté avec ces logiques. Hara-Kiri, un ancien journal satirique, connu pour ses Unes provocatrices mêlant humour noir, caricatures et nudité, avait pour objectif de choquer. Mais au fil du temps, certains lecteurs se sont davantage tournés vers ces publications par pur voyeurisme, attirés par les dessins suggestifs plutôt que par le message. Ce glissement soulève encore des débats : certaines Unes de Charlie Hebdo, héritier direct d’Hara-Kiri, continuent de faire polémique. La profession reste toutefois consciente de ses responsabilités. « Ce n’est pas inéluctable, vous pouvez traiter des faits divers avec respect pour les victimes et pour le public […] les journalistes restent humains », insiste Pierre Ganz.
Limites de l’information
« Diffuser des éléments sans déformer, qui alertent sans affoler, qui racontent sans heurter ». Ainsi débute le préambule de la charte de recommandation adoptée par le CDJM en décembre 2024. Une manière synthétique de résumer les principes inhérents à la couverture des faits divers, pour respecter les faits, certes, mais aussi les personnes. Depuis plus de 30 ans, les pratiques des faits diversiers sont observées à la loupe et réglementées par les acteurs de la profession. Certains principes inscrits dans le document rappellent l’importance de ne pas franchir la limite qui sépare l’information du voyeurisme, défini par Pierre Ganz comme « une information intime qui n’apporte rien à la compréhension du fait en lui-même ». Aujourd’hui, les groupes de presse et les syndicats s’activent à adapter ensemble leurs recommandations face à certaines dérives.
Le groupe EBRA et le groupe Ouest-France, premier groupe de presse national, font partie intégrante de cette recherche de compromis déontologique. Celui entre la recherche de la vérité et la mise à l’écart de détails trop intrusifs. « À Ouest-France, nous refusons l’étalage de détails crus et sordides » affirme Sébastien Georges, coordinateur des rédactions du groupe EBRA aux assises du journalisme de Tours ce 11 mars 2025. Ces principes visent à maintenir une ligne de conduite respectueuse. « Photographier le corps d’une personne affalée sur son volant, ça n’apporte rien. Là, on n’informe plus, on entre dans le voyeurisme », rappelle Pierre Ganz. Encadré par des restrictions aussi bien juridiques que déontologiques, le rôle du journaliste n’est donc pas de choquer, mais de faire comprendre.
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