Don de plasma à Maison du Don (Part-Dieu)

Don de plasma à la Maison du Don de Part-Dieu © Clara Asciac

L’Or Rouge : une matinée avec celles et ceux qui donnent leur sang

En France, plus d’un million de malades sont guéris chaque année grâce au don du sang. Deux Maisons du Don à Lyon s’occupent de ces collectes, dont une à Part-Dieu. Rencontre avec les donneurs venus ce mardi 13 janvier 2026 au matin.

Dix mille. C’est le nombre de dons de sang nécessaires chaque jour en France. En région Auvergne-Rhône-Alpes, cela représente environ 1 400 dons quotidiens. L’Établissement Français du Sang (EFS) compte deux Maisons du Don à Lyon. Dès l’ouverture à 8 heures du matin ce mardi 13 janvier 2026, celle de Part-Dieu voit ses premiers donneurs passer le sas d’entrée. « Seul quatre pour cent des français le font », indique Muriel Jaby, chargée de communication de l’établissement. Un chiffre qui a tendance à baisser en hiver, à cause des maladies. Il ne faut pas avoir été infecté sept jours avant la prise d’hémoglobine.

Tranquillement, les stylos griffonnent le questionnaire donné après l’enregistrement à l’accueil. La prochaine étape, c’est un court entretien avec un médecin. Vérification des réponses et prise de tension. Si tout va bien, la transfusion peut commencer dans une nouvelle salle. Ici, le calme règne dans un silence interrompu par le vrombissement doux des machines à plasma, présentes uniquement à la Maison du Don.

Le rendez-vous des habitués

Installé dans son fauteuil, Manaarii presse entre ses doigts une balle en mousse à l’effigie d’une goutte de sang. A 22 ans, le jeune homme n’en est pas à son coup d’essai : il donne régulièrement depuis quatre ans. Étudiant en master cancer, il précise que c’est d’abord son envie d’aider les autres qui l’a poussé à franchir ce cap. Les campagnes de collecte de l’EFS dans son université lui ont également permis de donner directement sur le campus à plusieurs reprises. Venu partager un peu de son or rouge, c’est finalement de son plasma dont l’équipe médicale avait le plus besoin. Un liquide présent dans le sang peu récolté en France, pourtant indispensable à la création de nombreux médicaments. « Ça prend plus de temps que prévu, mais c’est pas grave, c’est pour la bonne cause », relativise Manaarii dans un sourire.

Quelques mètres plus loin, Émilie échange un rire avec son conjoint, dans le siège en face du sien. Ils sont venus donner ensemble sur leur jour de congé. « On a reçu un mail qui nous demandait de venir donner, à cause d’une baisse en ce moment. Cette fois, on le fait à deux ! », explique-t-elle d’un air amusé. Si les quotas journaliers sont souvent atteints pour le Rhône, ce n’est pas le cas dans tout le pays. Les Maisons du Don lyonnaises exportent parfois une partie de leur collecte dans les régions où les dons manquent.

Puis c’est au tour de Justine de s’installer, accompagnée par un médecin. A seulement 18 ans, âge minimum pour être donneur, elle vient pour la deuxième fois. De son côté, ce n’est pas une campagne qui a guidé son choix, mais ses parents. « Ils donnent régulièrement depuis toujours, ça m’a inspiré à faire pareil », confie la jeune fille, une certaine fierté dans le regard.

Un déclic personnel

Sur son téléphone, Guillaume fait passer le temps. Comme pour Manaarii, il doit patienter 45 minutes le temps de prélever son plasma. Étudiant en alternance, il a décidé de prendre un moment sur ses heures de travail pour donner. « Ne pas avoir le temps, c’est ne pas prendre le temps », déclare-t-il. Avant, il se contentait de passer devant les affiches de campagne de don placardées dans sa ville. Mais quand son père est tombé malade, le jeune homme a eu une révélation : « Je me suis dit que j’avais de la chance d’avoir un corps sain, et que je devais en profiter pour aider les autres ». Guillaume assure qu’il compte bien revenir toutes les huit semaines, délai minimum entre chaque prise d’hémoglobine.

Et il en va de même pour Mouna, 49 ans. Coiffeuse, elle a pris sa matinée pour réaliser son premier don du sang. Pour elle, c’est un acte très important. Ce qui lui a donné le déclic, c’est le récent diagnostic de sa sœur, atteinte d’un cancer. Selon les chiffres de l’EFS, 12% des dons sont utilisés pour soigner maladies du sang et tumeurs malignes. Mouna n’a donc pas hésité à donner, et déplore le manque d’information à ce sujet. « Les campagnes ne sont pas suffisantes, elles devraient tourner toute l’année, parce que les gens oublient », soupire-t-elle.

Ses dix minutes de transfusion sont vites écoulées, bercées par le faible son des machines. Une des docteurs vient lui retirer sa perfusion avec douceur, un « merci d’être là ! » brodé en rouge sur sa blouse blanche. L’aiguille aussitôt retirée, la donneuse s’empresse de demander des renseignements sur le don de plasma, souhaitant revenir le plus vite possible. Mouna n’a que faire des petites contraintes qu’on lui indique après la pose du pansement : pas de sport pendant 24 heures, 2 heures d’attente avant la prochaine cigarette. C’est un prix peu élevé pour l’équivalent de trois vies sauvées en une heure de temps.

Clara Asciac

N.B : cet article a été publié dans le cadre d’un cours dédié à la webrédaction organisé le 13 janvier 2025 et a été relu par Lina Moreau

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