Cet article s’inscrit dans un dossier spécial d’Horizons Médiatiques consacré aux multiples enjeux liés à l’ICE, entre violences, médiatisation et intérêts économiques.
Développée dans la discrétion la plus totale, l’application Mobile Fortify s’impose comme un outil clé du contrôle migratoire de l’ICE, la police de l’immigration aux États-Unis. En quelques secondes, une simple photo suffit désormais aux agents de l’immigration pour identifier un individu à partir des données gouvernementales.
Un seul clic suffit désormais à la police de l’immigration étatsunienne (ICE) pour identifier en quelques secondes un suspect grâce à application Mobile Fortify. Depuis février 2025, le vaste programme d’expulsions relancé par l’administration de Donald Trump, visant 11 millions de sans-papiers, est en cours. Crée le 1er mars 2003 dans le sillage des attentats du 11 septembre 2001, ICE est progressivement devenue un pilier central de la politique migratoire du pays.
Mobile Fortify permet aux agents de l’ICE de prendre un cliché d’un suspect et de le comparer à « environ 200 millions d’images provenant du FBI, du Département d’État et d’autres bases gouvernementales » selon les chiffres de BFMTV. Elle fournit des informations sur le nom, la localisation, les véhicules, les armes à feu et le statut migratoire de la personne contrôlée. Cette application est le résultat d’une politique d’expérimentation de nouvelles technologies, et notamment de reconnaissance faciale, censées accélérer la politique d’expulsion massive promise par Donald Trump.
Selon des responsables interrogés par le Wall Street Journal, Mobile Fortify pourrait également exploiter des données publiques, comme des publications sur les réseaux sociaux, pour retrouver d’anciens lieux de résidence ou relations sociales. Le Département de la Sécurité intérieure des États-Unis (DHS) dément toutefois cet usage. Le journal relevait aussi que l’application aurait été utilisée sur le terrain plus de 100 000 fois depuis sa mise en place.
Des origines discrètes au cœur du contrôle frontalier
Fin juin 2025, son existence a été révélée au public grâce à des emails internes obtenus par le site 404 Media. Mais le Wall Street Journal précise que Mobile Fortify a été développé par l’agence sœur de l’ICE, le « U.S. Customs and Border Protection » le Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis, sous l’administration Biden. Initialement, l’application n’était utilisée que par les agents de la Border Patrol, qui patrouillent principalement près de la frontière sud et peuvent effectuer des contrôles et fouilles sans respecter tous les droits constitutionnelles qui s’appliquent ailleurs aux États-Unis. À l’époque, des avocats du DHS s’inquiétaient que l’usage de l’application par l’ICE pose des problèmes de vie privée et créer un précédent juridique. Si un tribunal jugeait que l’utilisation de Mobile Fortify violait la loi ou la Constitution, cela pourrait interdire ou restreindre l’usage futur de la reconnaissance faciale à la frontière. Mais la décision a été annulée sous le deuxième mandat du président Trump.
Camille Huguenot
Dossier spécial – ICE aux États-Unis
Cet article s’inscrit dans un dossier consacré à l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) et aux enjeux de la politique migratoire américaine.
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N.B : cet article a été publié dans le cadre d’un cours dédié à la webrédaction organisé le 13 janvier 2025.