À 26 ans, elle est juriste au Centre d’information sur les droits des femmes et les familles à Lyon. Le quotidien de Soline Gaunard consiste à écouter et orienter des personnes dans leurs procédures juridiques. Elle a connu les deux fronts. Après s’être occupée du suivi d’auteurs présumés de délits, elle s’occupe aujourd’hui des victimes et cela malgré le poids d’un quotidien dur à porter. Portrait.
Place Brotteaux à Lyon. Soline est assise en terrasse. Gilet vert, lunettes de soleil, elle est une personne souriante et aimable. Pourtant, au quotidien, elle se confronte en permanence à des histoires terribles : violences conjugales, meurtres, pédophilie… Soline les écoute tous les jours. Son bureau de travail en témoigne : il ne peut se passer de la fameuse boîte à mouchoir.
Victime ou auteur : écouter le vécu pour agir
Soline se lève tous les matins à 7 heures précises. Direction le Centre d’information sur les droits des femmes et les familles de Lyon. Son rôle ? Expliquer pour chaque situation les droits et orienter juridiquement. C’est à son bureau qu’elle reçoit tous les jours, ses rendez-vous : questions sur le divorce, agressions sexuels, violences conjugales… La juriste n’a que 30 à 40 minutes pour répondre aux différentes demandes.
Avant, Soline travaillait à l’Association d’Entraide et de reclassement social de Béziers. Là-bas, elle s’est occupée du suivi d’auteurs présumés, avant leur audience au palais de justice. Elle était de l’autre côté de l’histoire. Parmi ses missions, elle a dirigé des stages obligatoires pour les auteurs de violences conjugales. « On a 2 jours pour leur faire changer de point de vue ». La juriste leur explique ce que signifient juridiquement leur jugement et les termes qui y sont employés : « circonstances aggravantes », « délits ».
Difficile d’expliquer lorsque les personnes présentes n’ont pas envie d’être là. « On m’a souvent donné l’excuse d’avoir seulement giflé sa femme alors qu’il existe des pédophiles en liberté ». Ces exemples de réactions sont courants. Dans ce genre de cas, la juriste reste professionnelle et pédagogique. Elle leur explique que ce sont des délits différents, mais qu’ils restent tous deux punissables.
Soline a été marquée par des histoires difficiles. Elle garde en mémoire celle d’un homme pédophile qui s’était procuré des photos d’enfants. Celui-ci proclamait son innocence, car il n’était pas passé à l’acte. Elle se souvient : « C’est lors de son procès qu’il s’être rendu compte de la gravité de ses actes lorsque le juge a dit : « À votre avis, dans quel contexte sont prises ces photos ? » Il avait quasiment sont âge.
« Ça devenait trop violent d’entendre la violence tous les jours »
Soline est restée 1 an dans l’Association d’entraide et de reclassement social de Béziers. Si elle est partie, c’est à cause de la violence psychologique du métier : « Quelqu’un va te raconter comment il a violé sa copine en détaille, dans un petit bureau en face-à-face. » Il faut savoir l’entendre et surtout, ne pas juger la personne en face.
Son expérience professionnelle à impactée jusqu’à sa vie personnelle. La juriste va actuellement chez un psychologue et doit payer son suivi de sa poche. Aucun accompagnement psychologique des salariés n’est pris en charge, ce que déplore Soline. Le yoga, le pilate, les plantes, ses proches, elle s’est alors construite une base de vie solide.
« Chacun s’adapte comme il peut »
Elle continue d’orienter et d’écouter aujourd’hui les vécus des victimes de délits à la CIDFF. Ce qui lui permet de continuer, c’est le combat pour la justice et l’égalité. « Je garde espoir surtout quand la victime, au fil de la discussion, se rend compte de sa légitimité. »
Ce qu’il reste à améliorer
En un an, Soline à vue une centaine d’auteurs de violences conjugales à l’AERS, mais aucun n’est actuellement en prison. Si les consultations sont gratuites à la CIDFF de Lyon, l’association ne vit que par des donations privées, publiques et peu de l’État. La juriste souligne aussi la limite financière des associations au budget « ric-rac ». Depuis les dernières élections, l’association a perdu certains financements de la part de plusieurs villes de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Celles-ci sont impuissantes face aux changements politiques. Une donnée qui questionne lorsque le département du Rhône a recensé en 2023 une hausse de 20% des violences sexistes et sexuelles.
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