Depuis le 7 octobre 2023, Lyon est le théâtre d’actions en soutien au peuple palestinien. Militant.es et collectifs s’organisent et se rassemblent chaque semaine malgré les obstacles et la fatigue. Entre manifestations, actions de boycott et événements de sensibilisation, la détermination reste intacte.
*Les prénoms ont été modifiés
C’est devenu un rituel, depuis plus d’un an, toutes les semaines, les couleurs de la Palestine apparaissent dans les rues lyonnaises, rassemblent parfois des centaines, parfois des milliers de personnes. Plus d’une cinquantaine de rassemblements ou de manifestations ont eu lieu à Lyon depuis le 7 octobre 2023. Derrière ces mobilisations, plusieurs collectifs et associations qui ont fait de la lutte palestinienne le cœur de leurs actions. Rassemblé autour du collectif 69 Palestine, leur objectif est de faire vivre la lutte palestinienne à Lyon. Un combat qui a connu un tournant l’année passée, « la mobilisation de soutien à la Palestine n’a jamais été aussi forte que depuis le 7 octobre, ça a marqué une transition dans la pratique du collectif » explique Etienne*, membre du conseil d’administration.
Un renforcement des collectifs
De plus en plus sollicité, le collectif 69 Palestine a connu de nombreuses arrivées d’adhérent.es explique les militant.es. « Il y a un an, une dizaine et aujourd’hui on est trois fois plus » explique Arthur*, militant à La Ligue de la Jeunesse Révolutionnaire, organisation engagée pour la Palestine depuis 3 ans. Un renouveau permettant la mise en place d’actions diverses : campagne de boycott contre (entre autres) Carrefour et McDonald’s, tables rondes, tractages, projections de documentaires, et même matchs de foot. A travers toutes ces initiatives, la volonté est de sensibiliser et de « faire vivre la lutte palestinienne sur le la région lyonnaise » atteste Sami, membre actif du collectif 69 Palestine.
« C’est le minimum qu’on puisse faire »
Au moins plusieurs centaines de personnes se rassemblent chaque semaine dans le centre-ville de Lyon, depuis un an. Les mobilisations se sont inscrites dans leur emploi du temps, comme d’autres, Aslihan organise sa semaine par rapport à ça. « Ca donne un rythme et ça permet de jamais lâcher » explique la femme de 37 ans qui n’a pas raté un rendez-vous. Parmi les habitué.es, Shéhérazade qui vient toutes les 2 semaines depuis la Loire. Habillée en combinaison de prison orange vif, elle précise « c’est une organisation, pas un sacrifice, c’est le minimum qu’on puisse faire ». Si les mois suivants le 7 octobre ont été marqués par de fortes mobilisations, une sensation d’essoufflement prend place depuis février. Mais si le nombre est moins important, pour Seliah*, militante d’Urgence Palestine cela reste primordial, « ça permet de visibiliser la question palestinienne dans l’espace public ». Un point essentiel aussi pour Hakima, « les morts palestinien.nes sont complètement oubliées en France », puis c’est aussi « un exutoire de beaucoup de colères et de sentiments d’injustices » raconte cette manifestante de 42 ans.
Un an marqué par des interdictions
Cette année d’intense mobilisation a été accompagnée de son lot d’obstacles. Les premières manifestations au lendemain du 7 octobre ont été marquées par des interdictions préfectorales. C’est le cas également en mai 2024, suite aux bombardements de l’armée israélienne sur la ville de Rafah. Ces interdictions des mobilisations donnent lieu à de nombreuses verbalisations pour non-respect de l’arrêté. C’était le cas du rassemblement du 30 mai 2024 à Part Dieu (Lyon), au total 107 personnes ont été verbalisées à hauteur de 135 euros. Le lendemain, un nouvel appel à manifester à l’Hôtel de ville, la place est vide mais deux personnes sont verbalisées, en cause, le port du Keffieh pour l’une, le port d’un pin’s en forme de pastèque pour l’autre. Pour Seliah* d’Urgence Palestine, il y a « une volonté de museler les voix palestiniennes ». Une impression qui se renforce suite à l’interdiction d’une conférence de l’avocat franco-palestinien Salah Hammouri le 18 novembre 2024. Les militant.es d’Urgence Palestine expliquent avoir reçu l’arrêté préfectoral le jour même, en fin de matinée alors que ce dernier était daté du 15 novembre. Un recours a été déposé mais il n’a pas pu être traité dans les temps, pour la militante « c’est légitime de se poser la question, pourquoi est-ce qu’on l’a pas reçu avant ? ».
Des militant.es motivé.es malgré la fatigue
Ce rythme de mobilisation intense n’est pas sans conséquence, « j’ai plus la même énergie qu’avant le 7 octobre, ma vie a changé, physiquement, mentalement » témoigne Sami du collectif 69 Palestine. Des mots similaires dans la bouche d’Arthur*, « ça fait un an que je dors plus » raconte le militant. Mais ni la fatigue, ni les difficultés ne semblent ébranler leur détermination. « C’est essentiel au bout d’un an de ne rien lâcher » explique Sami. C’est de l’ordre du devoir pour ces collectifs, Seliah* précise, « on sera là, même si ça doit durer encore un an, deux ans, dix ans supplémentaires ».






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