A megaphone resting on a colorful subway seat, with a person nearby holding a clipboard.

Photo de Lara Jameson

Avec le Bondy Blog, Sarah Ichou veut porter la parole du « on » des revendications populaires

Sarah Ichou, directrice depuis 2022 du pure player Bondy Blog, se consacre à la médiatisation de la «vraie vie» des quartiers populaires, dont elle est elle-même issue. Cette «urgence d’écrire» qui l’anime toujours aujourd’hui, a été le point de départ d’un engagement politique, sociétal et médiatique, loin d’être dispensable.

Le haut-parleur en marche, une voix qui résonne, et qui s’assure que «tout va bien» avant de rire pour détendre l’atmosphère. Rencontrer Sarah Ichou, directrice depuis 2 ans du média en ligne le Bondy Blog, promet d’être un grand bol d’air frais pour les quartiers populaires et la jeunesse. 

Sarah Ichou raconte n’avoir que 14 ans lorsqu’elle écrit son tout premier article en ligne pour le Bondy blog : « j’étais au collège donc je ne vais pas dire que je voulais porter un engagement politique, ce que je voulais c’était écrire, je voulais raconter des histoires », témoigne-t-elle avec humilité. Trop jeune pour un engagement formel, mais déjà consciente du manque de représentation des quartiers populaires, elle se sent étrangère aux images fantasmées des médias dominants. Des images trop souvent négatives, associées à la délinquance ou la violence, mais surtout déconnectées de la réalité : « tu te retrouves dans des structures qui ne comprennent pas ce milieu là. Tes histoires, ton quotidien les gens s’en fichent. D’un côté avec le Bondy Blog t’es dans ta petite bulle, en face la violence était de ce côté-là. »

«Le Bondy Blog m’a tendu plus qu’un micro, il m’a tendu la main»

En 2005, les révoltes urbaines déclenchées par la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré ont mis en lumière les biais médiatiques qui entouraient les quartiers populaires. C’est dans ce contexte que le Bondy Blog est né, avec l’objectif de rompre avec cette idée de « séquence quartier », en donnant la parole directement aux habitants. « Le Bondy Blog m’a tendu plus qu’un micro, il m’a tendu la main », évoque la trentenaire avec un sourire audible. 

Sarah découvre au Bondy Blog des personnes qui lui ressemblent et des sujets qui lui parlent. Raconter le quotidien des quartiers, sans idée préconçue, sans mise en scène et sans parler à la place des principaux et principales concerné.es. « C’est un peu ma Safe Place, comme on dit aujourd’hui », plaisante-t-elle, glissant un petit clin d’œil à la jeunesse. 

Donner la parole à son tour

Aujourd’hui, elle voit un privilège en sa position de directrice au média bondynois : « je suis une femme musulmane, racisée, et issue de quartier populaire et je peux porter un certains discours. Ne pas parler de ces violences, ces discriminations c’est enfouir le problème ». Un combat qu’elle incarne pleinement en parlant souvent à la troisième personne du singulier. Utiliser sa voix et son statut au nom du « on » pour mobiliser les jeunes et les moins jeunes à raconter une réalité, leur réalité. 

C’est sur cette même impulsion que la journaliste engagée fait don de sa plume à des jeunes blogueurs.ses, depuis maintenant deux ans, tout en supervisant le développement économique du Bondy Blog. À son tour, elle les accompagne dans leurs premiers pas : « les statuts se sont inversés, avant c’est moi qu’on accompagnait et là c’est moi qui accompagne les nouveaux et je suis hyper fière. »

La jeune banlieusarde souligne l’importance de prendre le temps d’expliquer aux jeunes journalistes la manière d’aborder les gens et de les former aux différentes pratiques du métier. « Certains papiers peuvent prendre trois mois pour paraître. » Un temps qu’elle considère légitime pour fournir des informations complètes et pour « mettre en confiance les familles », souvent méfiantes à l’égard de la presse à cause de cette médiatisation partiale. Il est pour cela fondamental, explique Sarah, de rappeler la philosophie du Bondy Blog lorsqu’ils et elles rencontrent les habitants. 

Travailler pour les autres, avant tout

Être directrice d’un média implique de devoir garder un œil sur tout, ce qui l’amène parfois à faire des sacrifices sur ses propres projets. Elle avoue avoir deux articles en attente, dont une enquête qu’elle a hâte de dévoiler. Entre la fierté de diriger une équipe et la frustration de mettre ses propres écrits de côté, Sarah tente de trouver un équilibre. Mais elle le rappelle avec conviction : « ce qui compte, c’est de travailler pour les autres, pas pour soi. »

La jeune « pure produit du Bondy Blog » comme elle aime se décrire, n’a depuis jamais quitté la rédaction. Un constat qui étonne lorsqu’elle laisse entendre qu’elle n’avait pas vocation à être journaliste. Réticente à l’idée d’entrer dans un domaine précaire, adossée à sa timidité, Sarah affirme s’être fait violence en entrant dans l’univers des interviews où le contact humain n’est pas à prouver. Un monde dont elle ne peut aujourd’hui plus se passer : « c’est un peu une addiction, j’essaie de réguler ma consommation et participation au Bondy Blog », affirme-t-elle,  « c’est un média dans lequel on s’engage, on y met les mains, la tête mais aussi le corps. »

Louison Lecourt

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.