Dans la maison de ses parents à Caderousse, dans le Vaucluse, Nathalie Razzouk attend le retour au calme pour retrouver son mari resté au Liban. À 52 ans, partagée entre les aspirations de ses enfants et la dure réalité d’un pays en guerre, elle incarne l’expérience de nombreuses familles séparées par la violence.
Derrière les vignes paisibles de Caderousse (Vaucluse), Nathalie Razzouk garde en elle les souvenirs intenses d’une vie libanaise partagée avec Pierre, son mari, et leurs deux enfants, Mickaël et Nathan. Installée au Liban en 2003, peu après la guerre civile, elle découvre un paysage qui reprend vie. « C’était impressionnant parce qu’il y avait quelque chose de positif, tu vois ? C’était un pays qui se reconstruisait », explique-t-elle.
Leur couple s’installe à Jdeideh, une ville à majorité chrétienne située dans la banlieue nord de Beyrouth. Mais le Liban, aussi hospitalier soit-il, a un coût : celui de l’incertitude, de la violence latente et de l’éloignement. Depuis 2024, elle est en congé sabbatique pour réfléchir à un retour au Liban, afin de retrouver son mari, resté sur place pour diriger son entreprise.
La séparation est difficile, et Nathalie n’a pas encore trouvé sa place dans un quotidien désormais éloigné de ce Liban qui nourrit sa carrière et une grande partie de son identité. Pour elle, ce congé devient une période d’introspection ; elle doit décider si elle est prête à s’y installer de nouveau ou si elle doit reconstruire son avenir en France.
« On est éparpillés… et ça continue »
Au Liban, Nathalie compose avec un environnement qui défie constamment la notion de sécurité. Lors de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri en 2005, l’explosion fait vibrer les vitres du lycée Abdel-Kader à Beyrouth, où elle travaille en tant que psychologue. Un choc symbolique, étant donné que cette école a été financée par la Fondation Rafic Hariri. Elle décrit cet événement ressenti en direct, avec beaucoup d’émotion, comme un « événement malheureusement chronique au Liban
Malgré tout, elle parvient à s’épanouir pleinement. Elle se plaît dans son travail, l’intégration se passe bien et la famille s’agrandit. Mais cette vie devient peu à peu un jeu de compromis, ponctué par les coups d’éclat de l’Histoire. L’explosion du port de Beyrouth en 2020, qui ravage la capitale, force Nathalie à retourner en France avec ses enfants, marquant un tournant décisif dans sa perception de l’avenir. Ses fils poursuivent désormais leurs études en France : l’un à Montpellier et l’autre à Lyon, tandis que son mari reste au Liban. « On est éparpillés… et ça continue » dit-elle en riant jaune.
Retrouver l’équilibre familial
Cette dispersion de la famille devient la nouvelle normalité. Nathalie parvient à maintenir le contact avec son mari à travers les réseaux sociaux, lui permettant de partager des moments même à distance. Elle retrouve également ses enfants lors des vacances et des fêtes. Pierre, pour sa part, réussit à se rendre en France quelques fois, mais ces visites sont souvent courtes et peu fréquentes.
Il faut donc profiter de chaque visite, en planifiant des activités et des dîners en famille. Ces moments, très précieux, sont toujours trop courts, laissant Nathalie avec un sentiment de nostalgie à chaque séparation. « C’est toujours difficile de dire au revoir, dans ce contexte », confie-t-elle. Naviguant entre son désir de sécurité et son souhait de retrouver son mari, la situation est délicate. Ce dilemme se manifeste par une réflexion simple, mais profondément éprouvante : « ce qui n’est pas facile, en vérité, c’est de prendre une décision ».
Réflexions sur le chemin du retour
La décision de repartir devient chaque jour plus complexe pour Nathalie, qui doit prioriser la stabilité tout en s’inquiétant pour la sécurité de son mari. En cette période de guerre avec Israël, elle confie : « plus rien n’est sûr au Liban ». Malgré la situation difficile, l’aéroport de Beyrouth est toujours ouvert, mais elle hésite. « C’est moi qui ne veux pas prendre l’avion. Ce n’est pas le but d’être coincés avec Pierre au Liban alors que Mickaël et Nathan sont en Franc », explique-t-elle, « peut-être que je suis plus utile ici ».
Pour l’heure, elle reste en France, le cœur en suspens. Elle espère que des jours plus cléments lui permettront d’avoir l’esprit reposé. Cette distance, bien que douloureuse, l’a préparée à envisager toutes les possibilités.
Elle incarne cette force discrète de ceux qui, malgré les conflits, cherchent à maintenir un attachement précieux à leur terre et à leurs proches. Ainsi, entre l’incertitude et l’espoir, Nathalie se tient à la croisée des chemins, convaincue que chaque pas vers l’avenir sera guidé par l’amour pour sa famille et la résilience d’un pays qui continue de vibrer en elle, peu importe la distance.
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