À l’ENTPE – école de l’aménagement durable des territoires – la réduction de l’empreinte carbone des étudiants est un objectif majeur. Si l’école d’ingénieurs de Vaulx-en-Velin impose à ces derniers de partir au moins quatre mois à l’étranger pour valider leur diplômes, les étudiants ne sont autorisés qu’à une seule mobilité hors-Europe au cours de leur cursus, et encouragés à se défaire de l’avion pour l’effectuer. Malgré l’existence d’alternatives, cette abstention n’est pas toujours facile à assumer pour des raisons d’ordre logistique, économique et professionnel.
De Lyon à Rabat en passant par Madrid, le périple de Jeanne
Deux semaines de planification, trois jours de trajet dont deux nuits d’escale. C’est ce qu’il a fallu à Jeanne, étudiante en troisième année à l’ENTPE, pour rejoindre le Maroc depuis Lyon. Dans le cadre de son stage de quatre mois l’an passé, elle a traversé Madrid, Algésiras, puis Tanger, en train et en bateau avec comme unique bagage, un sac à dos. Jeanne a dû justifier son itinéraire pour bénéficier de « l’Incitation Bas Carbone », un bonus financier offert par l’école aux étudiants prenant un moyen de transport éco-responsable pour se rendre sur et revenir de leur lieu de mobilité. Ce « défi personnel », elle a pu le financer grâce à la rémunération qu’elle perçoit au titre d’étudiante fonctionnaire. La jeune femme a centralisé ses recherches dans un périmètre faisable sans avion, et a choisi Rabat pour découvrir une nouvelle culture, au sein d’un autre continent.
Si les contraintes étaient nombreuses, tant pour l’organisation que la durée du voyage, Jeanne ne regrette pas son choix. « Ne pas prendre l’avion m’a permis de me rendre compte des distances et de m’imprégner d’ambiances très différentes », explique-t-elle. L’étudiante a trouvé dans ce trajet et les nuits passées en auberge de jeunesse, l’occasion de réfléchir, d’observer, et de se sentir libre : « ce voyage a fait germer plein d’idées de voyages en backpack, je me suis dit j’ai fait ça toute seule, je peux le refaire ».
Si en dépit des complications, la tépéenne – étudiante à l’ENTPE – est convaincue des bienfaits de ne pas prendre l’avion, elle pense néanmoins que ce choix ne doit pas être imposé : « on perd de la démarche si on le fait à contre-cœur ».
Prendre l’avion par souci économique et sens pratique, le choix de Juliette
Juliette, en septième année d’études et Master 2 en école d’architecture, a dû faire d’autres choix. En deuxième année à l’ENTPE, l’étudiante a effectué son stage au Danemark. Malgré la relative accessibilité de la destination, elle ne disposait que de deux jours entre le début de son stage et la fin de ses cours : « j’ai choisi l’avion par facilité, pour éviter de faire beaucoup de connexions et de ne pas être stressée pendant le voyage ». Juliette ne percevait pas de rémunération à l’époque, or, l’entreprise offrait de prendre en charge les billets d’avion, un argument pesant fortement dans la balance. : « s’il y avait eu un autre projet similaire à celui que j’ai expérimenté, dans un pays limitrophe à la France, j’aurais peut-être envisagé le train. Mais ça n’a pas été le cas ».
Ainsi, malgré l’offre de bourse et les efforts de sensibilisation mis en place par l’école, prendre l’avion est parfois la solution choisie par les étudiants. Ces derniers se retrouvent partagés entre enjeux professionnels, contraintes logistiques et économiques et convictions morales. Des dilemmes bien connus par l’ENTPE, qui ne souhaite pas faire de l’abstention de l’avion, un impératif : « le but n’est pas d’empêcher fermement les étudiants de prendre l’avion mais qu’ils inscrivent l’impact environnemental dans leur réflexion sur leur projet de mobilité » confie Léonie Pires, responsable des relations internationales.
« Le but n’est pas d’empêcher fermement les étudiants de prendre l’avion mais qu’ils inscrivent l’impact environnemental dans leur réflexion sur leur projet de mobilité »
Respecter ses convictions sans se fermer de portes, le souhait d’Antonin
Pour Antonin, étudiant de première année, l’heure est encore à la réflexion. Il souhaite plus tard travailler dans la protection des littoraux et a choisi l’ENTPE en raison de son engagement environnemental. Pour ses mobilités, il n’a pas encore de pays précis en tête. « J’ai pensé à des destinations faisables en train et assez abordables comme le Royaume Uni, l’Ecosse ou l’Irlande ». Le tépéin ne ferme néanmoins pas la porte à l’avion et envisage des destinations comme l’Amérique du Sud. « Je suis à un stade où je peux encore choisir, je n’ai pas envie de rater des occasions et je veux me sentir libre de mes choix ». Il confie que certains de ses camarades n’ont jamais pris l’avion, et que ces opportunités de stages à l’étranger peuvent aider à l’insertion : « tout le monde n’a pas eu la chance de prendre l’avion avant d’entrer à l’école. Un aller-retour, je trouve ça raisonnable ».
Antonin tout comme Jeanne, soulignent les efforts de leur école sur la question écologique. Issus de filières différentes, ils ont suivi les mêmes cours sur l’environnement et la transition écologique puisque ces derniers font désormais partie du tronc commun. En plus des contributions apportées par l’école aux clubs étudiants engagés sur la question, le montant de la bourse aux transports alternatifs tend à augmenter.
Lucy Malaizé
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