Ambulance de pompier garée dans une rue

Grèves des pompiers : « ce qu’on veut, c’est plus de pompiers, pas de l’argent »

Plus de deux mois après le début de leur grève, les pompiers de la métropole lyonnaise ne sont toujours pas satisfaits. Ils revendiquent un manque d’effectifs et de moyens. Malgré les nombreuses propositions qui leur ont été faites par les autorités, la grève est reconduite, encore et encore.

À l’approche des fêtes de fin d’année, les pompiers de la métropole lyonnaise viennent d’annoncer la prolongation de leur grève. Elle débutait le premier octobre dernier. Les soldats du feu se plaignent avant tout du manque d’effectifs qui leur est alloué. Ces trois dernières années, le nombre de pompiers en poste dans la métropole lyonnaise est passé de 1300 à 1160, alors même que le nombre d’interventions a, lui, augmenté de près de 30 000. Rémy Chabbouh, délégué général du syndicat SUD des SDMIS (Service départemental-métropolitain d’incendie et de secours) l’affirme : « nous, ce qu’on veut, c’est plus de pompiers, pas de l’argent »

Pour preuve, mercredi 27 novembre, une proposition de prime leur a été faite : 600 euros par pompier contre un arrêt de la grève. Résultat : l’offre, annoncée par Christophe Guilloteau, président du conseil départemental du Rhône, a été déclinée. Et Rémy Chabbouh de renchérir « citez moi une seule entreprise qui refuserait de l’argent pour des recrutements ! Il n’y a que nous pour faire ça, ça montre à quel point on est déterminés ! » Ce manque d’effectifs en est arrivé à un seuil critique : chaque jour, les pompiers du SDMIS tournent aux alentours de vingt interventions par jour, selon le délégué général du SUD. Dans le reste de la France, un pompier qui en réalise cinq passe une grosse journée.

Une crise budgétaire

Mais les revendications vont au-delà du recrutement. Au niveau budgétaire aussi, la métropole lyonnaise est à la traîne. Actuellement, 30% de l’argent touché par les pompiers provient de la TSCA (Taxe spéciale sur les conventions d’assurance). Pourtant, seule la part concernant les véhicules terrestres à moteur thermique est reversée aux pompiers, insuffisante selon eux. Il est par ailleurs souvent reproché à ces derniers de ne pas permettre de rapporter de l’argent. Cependant, ils peuvent empêcher d’en perdre, c’est ce qu’on appelle la valeur du sauvé. « Lorsque la tempête Bert est passée, nous avons sauvé plus de la moitié d’une usine ! Ça représente plusieurs millions d’euros ! », s’exprime Rémy Chabbouh, revêtant son casque de pompier plutôt que sa casquette de syndicaliste.  

C’est dans ce contexte que viennent se placer les revendications des syndicats quant à la TSCA. Ils souhaitent une révision car la nécessité d’un budget plus élevé se fait cruciale. Le nombre d’interventions par an continue d’augmenter, contrairement aux finances du SDMIS, ou même de toute la France. Le vote, d’envergure nationale, devrait se faire, mais trop tard. « Le temps que le texte soit étudié, voté, et appliqué, cela prendra un an minimum. Il y a des casernes qui ne tiendront pas », ajoute Rémy Chabbouh.

Une grève record

Fin septembre déjà, les sapeurs-pompiers du SDMIS menaçaient d’organiser une grève illimitée. Force est de constater que leur parole a été tenue. L’élément déclencheur, c’est la prime des Jeux Olympiques. « Nos collègues soignants ou policiers ont reçu 2000 euros, alors que nous, on n’a eu que 200 », commente Rémy Chabbouh.

Les soldats du feu de la métropole lyonnaise sont souvent amenés à se déplacer, en Corse pour les incendies ou dans le Gard pour les inondations notamment. Pourtant, ils ne sont presque jamais indemnisés. C’est presque l’ensemble des pompiers qui sont concernés par ce mouvement de grève.

La mobilisation continue

Pour tenter de mettre fin à cette crise, qui prend de l’ampleur à l’approche des fêtes de fin d’année, période à hauts risques, plusieurs approches ont été tentées. Cependant, les pompiers jouissent d’un statut particulier : bien qu’ils soient fonctionnaires, ils ne dépendent pas de l’Etat mais des collectivités territoriales, ici le département. Pourtant, Christophe Guilloteau peine à trouver une réponse satisfaisante aux problèmes des pompiers, qu’il justifie par une situation financière difficile : « j’ai aussi une difficulté financière à résoudre avec un budget où je dois aller chercher 40 millions d’euros sur les 600 et quelques millions. J’espère que les discussions avec les syndicats et le contrôleur général aboutiront et qu’elles permettront d’enclencher une succession de pas pour sortir de cette
crise », s’exprimait-il en début de semaine, avant la proposition de prime en cas d’arrêt de la grève.

Désormais, c’est au niveau national que l’on s’implique pour stopper le mouvement. Lundi 25 novembre, Rémy Chabbouh rencontrait Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, qui lui assurait faire tout  son possible pour les aider, mais que cela prendrait du temps. Vendredi 29, c’est Nicolas Daragon, ministre délégué à la Sécurité du quotidien, qui venait à la rencontre des pompiers, leur promettant la même chose. Pour l’heure, les pompiers affirment leur désir de continuer la mobilisation, prévoyant une manifestation de grande ampleur jeudi 5 décembre pour l’ouverture de la Fête des Lumières.

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.