Alain Orsoni : la fin tragique d'une figure du nationalisme corse Une tête de maure, symbole du drapeau corse.

Une tête de maure, symbole du drapeau corse.

Alain Orsoni : la fin tragique d’une figure du nationalisme corse

Alain Orsoni, ancien leader du Mouvement pour l’Autodétermination et figure du nationalisme corse, a été assassiné ce lundi en fin d’après-midi dans son village natal de Véro pendant les obsèques de sa mère. Une enquête a été ouverte pour meurtre en bande organisée.

Homme politique reconverti dans les affaires, Alain Orsoni a été abattu hier au cimetière de Véro, en Corse-du-Sud, alors qu’il assistait aux funérailles de sa mère. L’homme de 71 ans avait été l’un des chefs du FLNC, le Front de Libération Nationale Corse dans les années 1980, et avait dirigé à deux reprises le club de football de l’AC Ajaccio entre 2008 et 2023. 

Un mode opératoire qui choque

C’est à 16h30 environ, après la cérémonie de l’enterrement de sa mère, qu’un coup de feu retentit dans le cimetière de Véro, petit village près d’Ajaccio, tiré à plusieurs centaines de mètres par un tireur embusqué. Le prêtre ayant officié lors de la cérémonie a témoigné ce matin à l’antenne de France Info : « C’est un moment de peine, de chagrin. Et d’un coup, on entend un coup de feu et Alain tombe mort. En plein cimetière, après une cérémonie religieuse, je me demande où on est. On prie pour la paix, on prie pour l’unité, on prie même pour le pardon. Il n’y a rien qui rentre. »

Le Procureur de la République d’Ajaccio Nicolas Septe a déclaré hier soir qu’il était « trop tôt pour privilégier une piste ». Une source policière locale a quant à elle relevé « des similitudes opérationnelles avec d’autres homicides », qui visaient notamment l’entourage d’Alain Orsoni. 

Une vie tumultueuse…

Entre politique, football et affaires familiales, Alain Orsoni a passé une bonne partie de sa vie avec une cible dans le dos. Étudiant, il commence une carrière militante dans les rangs de l’extrême droite, avant de rejoindre le FLNC en 1977. Ces années sont également marquées par l’enlèvement et le meurtre de son frère, Guy Orsoni, en 1983. Cet acte fait de son frère une figure de Martyr, et associe le nationalisme corse au nom d’Orsoni.

Au cœur des années 1980, Alain Orsoni est devenu une figure politique incontournable sur l’Île de Beauté, via son rôle dans le FLNC, qu’il quittera en 1990 pour fonder avec ses fidèles le Mouvement Pour l’Autodétermination (MPA).

Ce départ du FLNC marque en 1990 le début d’une guerre fratricide entre les chefs nationalistes rivaux de Corse. Alors que les meurtres éclatent (une vingtaine sont recensés entre 1992 et 1996), le leader du MPA choisit l’exil au Nicaragua. Il profite de ce départ forcé pour faire des affaires dans le domaine des machines à sous. 

Il ne revient en Corse qu’en 2008, afin de prendre la tête de l’AC Ajaccio, le club de football évoluant en Ligue 2 à l’époque.

… avant une mort longtemps redoutée

Son retour sur l’île ne passe pas inaperçu, si bien que le 29 août 2008, Alain Orsoni échappe à une tentative d’assassinat. Des années plus tard, il déclare aux médias avoir peur d’être tué : « Eh bien, excusez-moi, mais oui, je crains pour ma vie parce que je pense qu’on me met une cible, qu’on me désigne comme la future victime ».

Lui qui ne revenait désormais que très peu en Corse, et presque jamais sans son gilet par balles, a été tué ce lundi d’une balle dans le thorax. Une partie de la police locale soulève l’idée qu’il serait mort « pour les affaires de son fils », figure du grand banditisme corse. Une enquête a été ouverte et le tout nouveau parquet anticriminalité s’est saisi de l’affaire.

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.