Les entreprises du secteur privé ayant moins de 50 salariés ont données, au total, plus de 2,3 milliards d’euros de prime de la partage de la valeur en 2024. (Banque d'image Pixnio)

Prime Macron : petites ou grandes, les entreprises ne jouent pas toutes le même jeu

Article réalisé dans le cadre d’un cours, avec comme jeu de données imposé celui de l’URSSAF.

La prime de partage de la valeur, souvent appelée « prime Macron », revient dans les débats budgétaires pour 2026. Entre évolutions législatives et fiscalité changeante, son déploiement varie fortement selon la taille des entreprises.

Les petites structures s’en emparent, les plus grosses rétropédalent. Malgré son jeune âge, la prime de partage de la valeur (PPV), aussi appelée prime Macron, évolue rapidement et s’invite aujourd’hui dans les discussions budgétaires. Pour 2026, le gouvernement envisage un « rétablissement de la prime » qui pourrait connaître de nouveaux changements.
Initialement conçue comme un dispositif exceptionnel, elle visait à soutenir le pouvoir d’achat des salariés du privé dans un contexte social tendu, marqué par le mouvement des gilets jaunes, et a été relancée en 2020 pour répondre à la crise sanitaire. À l’origine, cette prime était facultative, dépendant de la décision de l’employeur ou de la signature d’un accord d’entreprise, et bénéficiait d’exonérations fiscales et sociales jusqu’à un certain plafond. En 2022, la mesure a été rebaptisée prime de partage de la valeur, affirmant son rôle d’outil permanent d’accompagnement des salariés et non plus de simple prime exceptionnelle. Ce changement s’accompagne d’un cadre légal plus structuré et d’un suivi renforcé des versements, tout en maintenant le caractère facultatif pour la majorité des entreprises. Plus récemment, la loi a été complétée en 2023 afin d’introduire, à compter de 2025, une obligation pour les entreprises de 11 à 49 salariés, sous certaines conditions de bénéfices, de mettre en place un mécanisme de partage de la valeur, qu’il s’agisse de la PPV, d’un accord d’intéressement, de participation ou d’un plan d’épargne salariale. 

Fiscalité et charges : les grandes entreprises se retirent

Pour mieux comprendre comment cette prime se déploie dans les entreprises selon leur taille, il faut se pencher sur les données ouvertes de l’Urssaf, organisme de droit privé chargé de collecter les charges salariales et patronales. Si on se concentre sur la part des entreprises qui versent la PPV, les petites structures, de 1 à 49 salariés, apparaissent comme les plus constantes dans ce dispositif, tandis que les grandes entreprises réduisent progressivement leur contribution. 

Entre 2024, les petites entreprises sont désormais les plus nombreuses à verser la prime, même si leur contribution a légèrement diminué, tandis que les grandes structures voient leur participation à la PPV chuter. La prime de partage de la valeur n’est donc pas distribuée de la même façon selon la taille de l’entreprise, et même avant l’entrée en vigueur de l’obligation légale, ce sont les petites structures qui ont le plus investi dans ce dispositif. 
Cette différence se reflète également dans les montants totaux versés. Les petites entreprises ont continué à augmenter légèrement leur contribution totale, tandis que les entreprises aux effectifs importants ont connu un recul notable en 2024, réduisant de plus de 75 % le total des montants versés en prime entre 2022 et 2024.

Ce mouvement de baisse en 2023 de la PPV chez les grandes entreprises, autant dans le versement que dans le total de l’argent distribué, peut s’expliquer par la fin progressive de son régime dérogatoire. En effet, depuis le 1er janvier 2024, la PPV est davantage assimilée à un élément de rémunération classique. Seules les structures de moins de 50 salariés, versant la prime à des salariés gagnant moins de trois fois le SMIC sur les douze derniers mois précédant le versement de la prime, bénéficient encore de l’exonération de la contribution sociale généralisée (CSG) et de la contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) ainsi que d’autres cotisations sociales. Du côté des employeurs, pour les structures d’au moins 50 salariés, la PPV est désormais incluse dans l’assiette de la taxe sur les salaires (un impôt payé par l’entreprise calculé sur une partie des rémunérations versée, NDLR) ce qui augmente le coût réel pour l’employeur de verser cette prime. Cette intégration dans l’assiette fiscale s’ajoute à d’autres contributions sociales, réduisant l’avantage économique de la PPV pour les grandes entreprises.

La participation, alternative fiscalement attractive

Ce retour en arrière sur l’imposition peut expliquer cette baisse de versement de la prime chez les entreprises de plus de 50 salariés. Cependant, les grandes entreprises n’arrêtent pas de verser des primes de partage du bénéfice, elle sont notamment obligées de verser celle de participation qui est « obligatoire dans les entreprises qui emploient au minimum 50 salariés » sans interruption pendant 5 ans, et « facultative pour les autres », comme le rappelle le site du service public. Cette dernière est directement liée à la performance économique de l’entreprise et présente des avantages fiscaux : la somme versée par l’employeur est déductible du bénéfice imposable de l’entreprise (contrairement à la PPV qui ne possède pas de déductibilité comparable) et son versement réduit l’assiette fiscale de l’entreprise. Les salariés, eux, peuvent bénéficier d’une exonération d’impôts si la prime est versée sur un plan d’épargne salariale. En revanche, si les salariés décident de recevoir immédiatement la participation, ils déclenchent la taxation à l’impôt sur le revenu, au même titre que les salaires.

La DARES, le service statistique du ministère du Travail a publié en 2025 une étude qui répertorie, de 2006 à 2023, les pourcentages d’entreprises qui ont distribué la participation ainsi que les pourcentages de salariés bénéficiaires, sans oublier le montant des primes moyennes par salariés. Malgré nos sollicitations, la DARES n’a pas souhaité nous transmettre des données complémentaires, à savoir les nombres exacts d’entreprises ou de salariés. Dans cette étude, comme dans nos premières données de l’URSSAF, seulement les salariés du secteur privé étaient comptabilisés sans que soit précisé le nombre de salariés non-bénéficiaires ou le total des salariés au sein des entreprises. De la même manière, l’Urssaf n’a pas souhaité nous fournir ces données complémentaires. Nous nous sommes donc appuyés sur un autre de leur jeu de données répertoriant le nombre d’établissements employeurs et de salariés du secteur privé selon les échelles d’effectifs des entreprises. Pour rendre les données comparables, nous avons harmonisé les tranches d’effectifs des différentes sources selon celles de l’étude de la DARES.

Sur environ 9 millions de salariés des plus grosses entreprises, 55 % d’entre eux étaient concernés par la prime de participation, tandis que pour les petites entreprises (moins de 49 salariés), seulement 4 % l’étaient. L’écart se creuse surtout à partir des entreprises de 50 salariés, seuil à partir duquel le versement de la prime de participation pour les structures devient obligatoire. La répartition des salariés bénéficiaires entre la prime de participation et la PPV apparaît ainsi “en miroir” entre les petites entreprises et les grandes entreprises. En revanche, les montants moyens versés ne sont pas égaux : en 2023, la prime Macron s’élèvait en moyenne à 863 €, contre 1928 € pour la participation. Cette prime moyenne ne reflète cependant pas les écarts de montant selon la taille de l’entreprise. Toujours avec les données de DARES, les salariés des petites entreprises, bien qu’ils bénéficient beaucoup moins de la participation, touchaient en moyenne une prime plus importante, mais seulement jusqu’en 2023. 

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La PPV en 2025 : vers plus de participation et d’intéressement ?

Suite à la parution de la loi de financement de la sécurité sociale de 2025, la PPV doit être prise en compte dans la rémunération servant au calcul de la réduction générale des cotisations patronales (RGCP), toutes échelles d’entreprises confondues. Autrement dit, depuis le 7 avril 2025, si un employeur verse une prime de partage de la valeur, le salaire “officiel” servant au calcul des cotisations augmente. Ainsi, la réduction des cotisations patronales diminue, voire disparaît, faisant ainsi de la PPV une prime moins avantageuse pour l’employeur dont son versement peut désormais renchérir le coût total pour l’entreprise. 

Les avantages fiscaux liés à la prime de partage de la valeur s’érodent progressivement. Si les grandes entreprises semblent déjà avoir quitté le navire, il est possible que les petites structures de 11 à 49 salariés, désormais obligées de mettre en place un dispositif de partage des bénéfices, les rejoignent bientôt. Ces employeurs pourraient alors se tourner davantage vers la participation, l’intéressement, ou encore un plan d’épargne salariale, au détriment d’une PPV devenue moins attractive sur le plan fiscal.

Eva Morvany et Camille Huguenot

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.