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Les médecins spécialistes libéraux ne sont pas uniformément répartis en Île-de-France.

L’Île-de-France, une région pas si bien dotée en médecins spécialistes libéraux

L’Île-de-France apparaît comme une région fortement médicalisée, pourtant elle fait face à de fortes disparités départementales. Chez les médecins spécialistes exerçant en libéral, le constat est sans appel, avec une concentration particulièrement marquée à Paris.

Plus de 85 % du territoire français est sous-doté en médecins, alertait l’Association des maires de France lors de son point d’information du 20 novembre 2025. Une situation jugée critique, et ce malgré une densité médicale en progression au fil des années. La France se distingue d’ailleurs de ses voisins. Rapporté au nombre d’habitants, l’Hexagone compte deux fois plus de médecins que le Royaume-Uni. Pourtant, six millions de français restent sans médecin traitant, selon le site du gouvernement

Mais alors, comment expliquer un tel paradoxe ? Les inégalités territoriales constituent une première piste. D’après les données de l’Union de recouvrement des cotisations sociales et d’allocations familiales (Urssaf) de 2024, la répartition des médecins, notamment des spécialistes libéraux, varie fortement d’une région à l’autre. En 2024, la densité moyenne des médecins spécialistes indépendants en France s’élève à 80 pour 100 000 habitants. Et sur 17 régions, seulement sept se situent au-dessus de cette moyenne. La Provence-Alpes-Côtes-d’Azur arrive en tête, avec 136 spécialistes indépendants pour 100 000 habitants, suivie de près par l’Île-de-France, qui en compte 113 pour 100 000 habitants. Cette dernière reste toutefois la région la mieux dotée en valeur absolue, avec 14 059 médecins spécialistes libéraux, mais aussi celle où les disparités départementales sont les plus marquées. À l’opposé, certains territoires peinent à attirer des professionnels de santé. Les Hauts-de-France et le Centre-Val-de-Loire recensent en moyenne 67 spécialistes indépendants pour 100 000 habitants. 

L’Île-de-France, le plus grand désert médical du pays

Ces écarts de répartition mettent en lumière des déserts médicaux bien ancrés sur le territoire. Contrairement aux idées reçues, l’Île-de-France n’échappe pas à cette réalité, malgré son image de région particulièrement bien pourvue. Elle représente d’ailleurs le premier désert médical de la France métropolitaine, constate l’Agence régionale de santé. C’est-à-dire une zone géographique dans laquelle il est très difficile, voire impossible de se faire soigner par un professionnel de santé en raison de l’absence de médecin à proximité. La densité moyenne de cette dernière s’élève à 103 médecins spécialistes indépendants pour 100 000 habitants. Sur huit départements, seulement deux se situent au-dessus de cette moyenne.

À seulement 20 kilomètres de Paris, les médecins spécialistes exerçant en libéral ne sont pas uniformément répartis et les habitants doivent parfois attendre des jours, voire des mois pour obtenir un rendez-vous. Et le constat est clair : Paris concentre 296 médecins spécialistes indépendants pour 100 000 habitants, tandis que la Seine-et-Marne n’en compte que 52. La Seine-Saint-Denis, quant à elle, en recense 54, rapportés au nombre d’habitants. Cette fracture est d’autant plus préoccupante qu’elle touche des zones densément peuplées. En 2024, la secrétaire générale adjointe de l’Union régionale des professionnels de santé (URPS), Natacha Regensberg de Andreis, déclarait sur France Bleu Paris que “97 % de l’Île-de-France est considérée comme un désert médical.” 

Des professions particulièrement touchées par les déserts médicaux   

Cette situation peut entraîner une augmentation des délais pour obtenir une consultation médicale. Chez les spécialistes indépendants, en région Île-de-France, certaines professions sont particulièrement touchées par les déserts médicaux en 2024. Entre autres, les psychiatres, les ophtalmologues, les gynécologues et les dermatologues. Calculé pour 100 000 habitants, on dénombre 61 psychiatres indépendants à Paris contre seulement 4 en Seine-Saint-Denis et en Seine-et-Marne, ou encore 5 dans le Val-d’Oise et dans l’Essonne. Paris est le seul département à se placer au-dessus de la moyenne des psychiatres indépendants en Île-de-France. Concernant les dermatologues libéraux, c’est le même bilan qui se dégage avec 15 professionnels à Paris, pour 100 000 habitants, et seulement 1 en Seine-Saint-Denis et en Seine-et-Marne. Les autres départements sont eux aussi dépourvus de dermatologues indépendants avec des chiffres inférieurs à 7 proportionnellement au nombre d’habitants. Quelle que soit la profession des médecins spécialistes libéraux, les départements en périphérie de Paris ont des valeurs inférieures ou égales à 10 proportionnellement au nombre d’habitants. Sans surprise, la capitale s’en sort relativement bien, en se positionnant toujours au-dessus de la moyenne régionale. Pour les quatre spécialisations analysées, la densité de médecins indépendants la plus élevée se trouve à Paris. Une analyse qui traduit des disparités départementales évidentes au sein de la région Île-de-France. 

Des écarts de revenus considérables entre les départements 

Même constat chez les médecins généralistes indépendants. Ceci dit, les disparités départementales sont moins flagrantes. On dénombre, par exemple, 203 généralistes rapportés au nombre d’habitants à Paris, contre 70 en Seine-Saint-Denis, ou 72 en Seine-et-Marne. Une différence qui explique, sans aucun doute, les écarts de revenus mensuels entre les professionnels de santé indépendants exerçant en Seine-Saint-Denis, dans le Val-de-Marne ou encore dans les Hauts-de-Seine, par rapport à ceux installés à Paris. D’après les données de l’Urssaf, en 2023, un médecin généraliste indépendant exerçant en Seine-Saint-Denis avait un revenu moyen mensuel de 9 211 euros soit environ 30% de plus qu’un praticien à Paris, qui touche un revenu moyen mensuel de 7 076 euros. Toujours en Seine-Saint-Denis, un médecin spécialiste en libéral gagne, en moyenne, 12 939 euros par mois contre 9 704 euros pour un spécialiste installé à Paris. Un écart justifié par une faible densité de médecins spécialistes indépendants dans les départements en dehors de Paris. Dans la capitale, 5 299 praticiens spécialistes libéraux ont été recensés en 2023 contre seulement 843 en Seine-Saint-Denis. Cette situation accentue alors la concurrence au sein du département de Paris et réduit le salaire moyen mensuel des médecins indépendants, généralistes ou spécialistes. 

Les causes des déserts médicaux en France sont variées, alerte MedinFrance. D’un côté, on observe des facteurs démographiques comme le vieillissement de la population médicale qui n’est pas compensé par un renouvellement de jeunes médecins. Parallèlement, une grande partie des professionnels de santé récemment formés optent pour la vie en zone urbaine à l’instar de Paris. Cette tendance renforce la  répartition géographique déjà inégale des médecins spécialistes indépendants sur le territoire.

Olivia Dumonceau et Lina Moreau

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.