Vaulx-en-Velin : Des étudiants récupèrent les invendus du marché au Mas du Taureau.

À Vaulx en Velin comme un peu partout dans Lyon et sa périphérie, récupérer les invendus du marché est l’une des missions de l’association l’AFEV (Association de la fonction étudiante pour la ville) qui mobilise les étudiants dans les quartiers prioritaires. En plus de lutter contre le gaspillage alimentaire, la récupération permet de créer du lien social entre la communauté étudiante et la population locale.

Il est 12h30 sur le marché du Mas du Taureau. Vingt minutes avant la clôture, les bénévoles disposent d’une fenêtre courte pour « faire leur marché ». Les étals se vident à mesure que les camions se remplissent, les commerçants s’agitent, trient, empilent, chargent les camions. Les trails de palettes zigzaguent à travers les stands tandis que les derniers clients négocient et que les policiers s’assurent de la fermeture du marché et de la remise en état de la place François Mauriac. Tous les samedis, les membres de l’association récupèrent des kilos de fruits et légumes au marché local et les distribuent gratuitement à la résidence étudiante du Ksar, située à quelques pas de là.

Lutter contre le gaspillage alimentaire et la précarité étudiante

Majda, en service civique à l’AFEV depuis un mois, a revêtu comme ses compères son t-shirt rouge floqué du slogan « Solidaires face aux inégalités ». Assistée de plusieurs participants au programme Kaps de l’association, elle se dirige avec assurance vers certains étals. « Mettre les t-shirts nous permet d’être repérés, comme on vient tous les samedis, certains nous reconnaissent, ils mettent directement de côté, c’est plus simple » témoigne l’étudiante. Elle remplit un caddie de caissons de bananes, pommes de terre, mandarines ou encore bottes de persil : « les produits varient d’un samedi à l’autre, parfois on a plus de légumes, parfois plus de fruits ». La diplômée en psychologie a décidé de s’engager dans l’associatif avant d’entrer sur le monde du travail : « j’ai choisi l’AFEV en particulier parce que je venais en aide à une population dont j’ai moi même fait partie : les étudiants ». Comme beaucoup d’entre eux, Majda a connu la précarité. Aujourd’hui, elle s’engage pour éviter que d’autres ne traversent cette situation. 

Au-delà d’éviter le gaspillage alimentaire, la volontaire espère que cette action permette aux étudiants d’économiser sur les courses et d’avoir plus de ressources pour se faire plaisir à côté. « L’activité en soi est aussi un bon moyen d’aller directement au contact des gens, de montrer qu’on a une vraie place dans le quartier et faire gagner en visibilité à l’association » ajoute t-elle. 

Encourager le lien social, créer un esprit solidaire : l’effet domino de la récup’

Majda a lancé un appel sur le groupe messenger de la résidence pour proposer aux étudiants de participer à la récupération. « Pour avoir de la main d’œuvre d’abord, mais c’était aussi un moyen de créer du lien social et les encourager à s’engager », explique t-elle. Une stratégie payante, puisque Titouan, élève de l’ENTPE et bénéficiaire des invendus chaque samedi, a décidé de se mobiliser : « quand j’ai su qu’ils avaient besoin d’un coup de main, je me suis proposé parce que j’ai considéré que pour profiter des invendus, il fallait aussi que j’aille les chercher moi même ». Il est venu avec un utilitaire, pour permettre aux bénévoles de prendre plus de produits et de gagner du temps. Après deux ans passés en classe préparatoire, l’étudiant de première année trouve enfin le temps de s’investir dans des projets solidaires. « Les invendus du marché c’est pour moi l’occasion de participer à la vie de quartier et de faire bouger les choses », témoigne t-il.  

« En plus des fruits et légumes à sauver, les marchands nous donnent souvent, par générosité, des produits qu’ils pourraient encore vendre »

Une initiative saluée par les commerçants comme Ali, marchand de fruits et légumes au Mas du Taureau depuis quatre ans. Cela fait un mois que ce dernier met chaque samedi, des produits de côté pour l’association. « Depuis cette année, il y a des bennes mises à disposition pour tout jeter à la fin des ventes, mais si des initiatives comme ça existent, c’est sûr que je préfère donner plutôt que de jeter », témoigne t-il. Content de venir en aide à la communauté étudiante, Ali salue l’esprit solidaire ambiant du Mas du Taureau.

Si les bénévoles ne rentrent jamais bredouille, ils doivent composer avec les aléas de la récup’, plus ou moins fructueuse selon les jours et les commerçants. En dépit de ces imprévus, c’est la solidarité générale qui les interpelle. « En plus des fruits et légumes à sauver, les marchands nous donnent souvent, par générosité, des produits qu’ils pourraient encore vendre », relatent-ils. Aujourd’hui, Majda et Titouan repartent avec des dizaines de galettes traditionnelles, des mhadjebs — galette salée et farcie à la sauce tomate —, des fricassés ou encore des plats de semoule algériens, en parfait état. Après le convoyage jusqu’à la résidence et le tri des produits, les bénévoles déplient les tables et disposent les fruits, légumes et autres denrées par catégorie, dans le hall de la résidence. Quelques heures après seulement, tout aura disparu.

Lucy Malaizé

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.